Repérer les différences : comment les visites de Trump et de Poutine en Chine se comparent-elles ? Enfants applaudissant — présent. Garde d’honneur militaire — présent. Tirs de canon et fanfare — présents.
Repérer les différences : comment les visites de Trump et de Poutine en Chine se comparent-elles ?
Enfants applaudissant — présent. Garde d’honneur militaire — présent. Tirs de canon et fanfare — présents.
L’accueil réservé à Vladimir Poutine devant la Grande Salle du Peuple a presque reproduit à l’identique celui offert à Donald Trump la semaine précédente.
Deux visites présidentielles de haut niveau, à quelques jours d’intervalle, illustrent précisément l’image que Xi Jinping souhaite projeter au monde : dialoguer avec tous, sans dépendre de personne.
Pour la Chine, ces visites sont la preuve que, grâce à la puissance de son économie et à son influence diplomatique croissante, toutes les routes mènent désormais à Pékin.
« La nouvelle ère des affaires mondiales est moins centrée sur l’Occident », estime Samir Puri du King’s College de Londres.
« La Chine dispose d’un pouvoir latent important sur la scène mondiale, qu’elle n’utilise pas forcément de manière directe pour résoudre les conflits. Son approche consiste plutôt à mobiliser son statut de manière progressive. »
L’image était frappante : Xi Jinping, sûr de lui, au centre de l’attention en tant qu’hôte. Mais les dynamiques politiques derrière les deux visites sont très différentes.
Vladimir Poutine, qui s’est rendu en Chine plus de vingt fois, entretient une relation personnelle étroite avec Xi. Cependant, la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales ont renforcé sa dépendance à l’égard de Pékin, devenu le premier partenaire commercial de la Russie et son principal client pour le pétrole et le gaz.
Il s’agit depuis un certain temps déjà d’un partenariat déséquilibré, et cela s’est encore confirmé aujourd’hui. Les discussions ont abouti à plus de vingt accords dans les domaines du commerce et des technologies, mais sans validation du projet de gazoduc russe, longtemps souhaité par Moscou. Une déclaration commune n’a pas non plus débouché sur des avancées majeures.
« La Chine et la Russie ont toutes deux besoin l’une de l’autre, mais la Russie dépend clairement davantage de la Chine sur la scène mondiale », explique le Dr Zheng Runyu, du Centre d’études russes de l’Université normale de l’Est de la Chine à Shanghai.
« Dans le contexte international actuel, une coopération approfondie avec la Chine est extrêmement importante pour la Russie afin de faire face à ses nombreux défis. »
Le dirigeant chinois semblait également en position de force lors de ses échanges avec le président américain. Le renforcement des relations commerciales avec le reste du monde et la domination chinoise dans les terres rares et la fabrication de pointe lui confèrent un levier important. Pékin se retrouve sur un pied d’égalité avec Washington, dans un contexte marqué par l’imprévisibilité de Donald Trump.
Les mises en scène étaient étonnamment similaires : Xi Jinping, confiant, recevant ses invités.
Cette situation constitue un tournant remarquable pour un pays qui, il y a seulement cinq ans, semblait proche de l’isolement diplomatique.
Ses frontières étaient fermées en raison de la pandémie, qualifiée de « virus chinois » par l’ancien président Trump. Les relations avec l’Occident s’étaient fortement détériorées, dans un contexte de montée en puissance de la diplomatie dite des « guerriers loups », marquée par un ton agressif de la part des diplomates chinois et des médias d’État.
Des critiques internationales croissantes visaient également les violations des droits humains au Xinjiang et le renforcement du contrôle de Hong Kong, entraînant des sanctions et des restrictions à l’exportation de la part des pays occidentaux, auxquelles la Chine a répondu par des mesures de réciprocité.
Cinq ans plus tard, la Chine s’est repositionnée comme un centre incontournable de la diplomatie et du commerce mondiaux.
Plutôt que d’être perçue comme un problème à contenir, elle est désormais considérée comme une puissance avec laquelle il faut composer.
Pékin a adouci son style diplomatique, probablement en raison de certaines réalités économiques. Le ralentissement de sa croissance la pousse à attirer davantage d’investissements et de commerce extérieur, nécessitant des relations stables. Une confrontation excessive risquait aussi de rapprocher certains partenaires asiatiques des États-Unis.
Le moment est également stratégique. Depuis l’élection de Donald Trump, la Chine a amélioré ses relations avec l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni, tous alliés clés des États-Unis. Plusieurs dirigeants occidentaux ont effectué des visites à Pékin pour conclure des accords avec la deuxième économie mondiale.
Xi Jinping promet depuis une décennie de réaliser « le grand renouveau de la nation chinoise ». La dernière semaine constitue ainsi une démonstration de puissance sur le plan de la communication interne : le dirigeant apparaît comme un interlocuteur central de la diplomatie mondiale.
Cependant, cette séquence met aussi en évidence les limites de l’influence diplomatique chinoise.
Xi n’a évoqué qu’un seul conflit : celui du Moyen-Orient.
Il a jugé « extrêmement urgent » de mettre fin à la guerre en Iran, sans faire mention de l’invasion russe en Ukraine.
Xi et Poutine ont toutefois dénoncé ensemble les « frappes militaires perfides contre d’autres pays », l’« usage hypocrite des négociations », les « assassinats de dirigeants souverains » et les « tentatives de changement de régime ».
Ces déclarations pourraient avoir des répercussions au-delà de Pékin.
Alors que la Chine appelle à la fin de certains conflits tout en gardant le silence sur d’autres, notamment en Ukraine, des interrogations persistent en Europe sur la capacité réelle de Pékin à jouer un rôle équilibré sur la scène internationale.
La Chine maintient une position officiellement neutre dans la guerre en Ukraine, tout en étant accusée par les États-Unis et l’Europe de soutenir indirectement Moscou sur le plan économique.
Pékin redoute toutefois une déstabilisation de son voisin russe en cas de défaite de Vladimir Poutine.
« Xi Jinping pourrait facilement choisir de ne rien dire », observe Samir Puri. « Cela revient implicitement à laisser la Russie poursuivre son invasion. »
À l’inverse, la guerre en Iran affecte directement les intérêts chinois, notamment en matière d’approvisionnement énergétique.
Mais cette approche à géométrie variable soulève des questions sur la crédibilité internationale de la Chine, au moment où elle cherche à renforcer ses relations avec l’Europe et à consolider une économie dépendante des exportations.
Malgré l’éclat diplomatique de la dernière semaine, Xi Jinping fait toujours face à un défi majeur : celui de la confiance internationale envers un modèle politique autoritaire qui reste largement contesté.
Reuter
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