Entre diplomatie, intérêts économiques et repositionnements géopolitiques, la Côte d’Ivoire évolue dans un environnement international où chaque choix compte.

Entre diplomatie, intérêts économiques et repositionnements géopolitiques, la Côte d’Ivoire évolue dans un environnement international où chaque choix compte. Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine redessine les relations entre puissances, Abidjan s’efforce de préserver ses partenariats tout en affirmant ses orientations diplomatiques. Les relations avec Kiev, les liens historiques avec Moscou et les enjeux économiques invitent à observer de près les équilibres recherchés par le président Alassane Ouattara. Dans une analyse consacrée à ces rapports parfois délicats, la journaliste de Jeune Afrique, Jeanne Le Bihan, décrypte les ressorts de cette posture ivoirienne. Bonne lecture!



Amitié ukrainienne. Le temps où Alassane Ouattara se rendait lui-même aux sommets Russie-Afrique paraît loin. En 2019 à Sotchi, accompagné de son épouse, il serrait la main, tout sourire, à Vladimir Poutine. Depuis, le président ivoirien a exprimé à plusieurs reprises son soutien à l’Ukraine de Volodymyr Zelensky – son « véritable ami » – jusqu’à se rendre au sommet sur la paix en Ukraine organisé en Suisse en 2024. Kiev a d’ailleurs ouvert une ambassade à Abidjan la même année. Contrairement à une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement, à l’instar bien sûr de ses voisins de l’AES, Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani, avec qui ses relations sont pour le moins fraîches, Alassane Ouattara a décidé d’envoyer sa ministre des Affaires étrangères Nialé Kaba.

Intérêts économiques. Mais il prend soin, comme d’autres, de préserver ses relations avec Moscou. Sa cheffe de la diplomatie a ainsi rencontré à plusieurs reprises l’ambassadeur de Russie à Abidjan. Lors de leur dernière rencontre officielle, le 18 août, Alexey Saltykov et Nialé Kaba ont affirmé leur volonté de « consolider les relations d’amitié » et de « développer un partenariat stratégique ». Car leurs deux pays entretiennent des relations économiques fructueuses. Moscou importe de nombreux produits ivoiriens, dont la noix de cajou, le cacao ou le caoutchouc naturel, tandis qu’Abidjan se fournit en produits pétroliers ou en métaux – il existe d’ailleurs une Chambre de commerce ivoiro-russe. De plus, la Russie est très implantée en Côte d’Ivoire dans le domaine du VTC et de l’e-commerce avec Yango du groupe Yandex, devenu en huit ans d’existence le leader du marché.

Missi dominici. La Russie dispose par ailleurs d’un solide relais à Abidjan en la personne d’Ahoua Don Mello, opposant et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2025. Le vice-président de l’Alliance des Brics, une organisation russe de promotion du groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, élargi depuis 2024 à de nouveaux membres), participe activement aux préparatifs du forum du mouvement « Pour la liberté des nations ! », organisé par Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, en novembre à Moscou.

Le portrait de la semaine : Nadine Sangaré, au plus près de Dominique Ouattara

Elle est indissociable de la première dame, dont elle est la plus proche collaboratrice. « Nous sommes toujours ensemble », confiait récemment Dominique Ouattara à propos de Nadine Sangaré, qu’elle présente invariablement comme sa « petite sœur ». Une proximité affective qui s’inscrit dans une longue collaboration professionnelle. Nadine Sangaré est présente au sein de la fondation Children of Africa depuis au moins 2009. Elle en a gravi les échelons jusqu’à en devenir aujourd’hui la directrice générale.  À ce poste, elle accompagne le déploiement des projets sociaux dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection de l’enfance. Le 22 septembre, elle a été élevée au grade d’officier de l’Ordre du Mérite et de la Solidarité. Dominique Ouattara n’a pas manqué de lui rendre un hommage appuyé lors de son discours au 10e gala de Children of Africa, saluant l’organisation de l’événement conduit « d’une main de maître ».


2 minutes pour comprendre les enjeux de l’alliance commerciale entre Air France et Air Côte d’Ivoire

Les faits. Le 19 octobre, les deux compagnies ont annoncé avoir conclu un accord à travers un partage réciproque de codes sur la liaison Paris-Abidjan. Cette combinaison des fréquences, qui sera effective à partir du 25 octobre, permettra aux voyageurs d’avoir un plus grand choix d’horaires de vols entre les deux destinations. Air France est actionnaire à hauteur de 11 % d’Air Côte d’Ivoire, détenue majoritairement par l’État ivoirien.

Pourquoi c’est important. Avec un seul billet, les voyageurs pourront effectuer leur voyage aller ou retour sur l’une ou l’autre des compagnies, l’accès aux correspondances internationales leur étant également simplifié. À la fin de l’année 2026, les deux programmes de fidélité seront également mutualisés.

Et après. Avant la fin du premier semestre 2027, Air Côte d’Ivoire pourra bénéficier d’autres destinations du réseau Air France. La compagnie nationale ivoirienne continue par ailleurs de renforcer sa flotte : elle s’apprête à réceptionner pour la première fois deux appareils du constructeur brésilien Embraer destinés au trafic sous-régional africain.


Source : Jeune Afrique sous la plume de  Jeanne Le Bihan 

23 octobre 2026, 19:31