La dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI) a relancé un débat de fond sur la crédibilité du processus démocratique ivoirien.



La dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI) a relancé un débat de fond sur la crédibilité du processus démocratique ivoirien. Invité de Younès Djama sur les ondes d’IFRIKYA FM, le consultant média et analyste sociopolitique Ahouman Gaël Lakpa a dressé un diagnostic structuré et formulé des pistes de réforme ambitieuses pour l’institution qui succédera à l’organe dissous. Loin des postures partisanes, son intervention mise sur la professionnalisation, la transparence technique et une justice électorale spécialisée pour apaiser un terrain historiquement sensible.

Depuis plusieurs scrutins, la question électorale cristallise les crispations en Côte d’Ivoire. Conçue à l’origine comme un espace de consensus, la CEI s’est progressivement transformée en arène politique où chaque décision est scrutée à la loupe de la méfiance. Selon Ahouman Gaël Lakpa, cette dynamique a atteint ses limites. « Une élection ne doit plus être administrée comme une bataille politique, mais comme une opération technique de haute précision », observe-t-il. La présence des formations politiques au sein de l’institution, bien que destinée à garantir l’équilibre, a fini par brouiller la frontière entre compétiteurs et arbitres, nourrissant un climat d’incertitude avant même l’ouverture des bureaux de vote.

Pour rompre avec ce cycle, l’analyste préconise un changement de paradigme : une commission électorale strictement administrée par des techniciens et des experts, indépendante des structures partisanes. Magistrats, statisticiens, démographes et spécialistes des systèmes d’information devraient composer le cœur décisionnel de la nouvelle instance. Cette proposition n’implique pas une mise à l’écart des forces politiques du contrôle démocratique. Au contraire, Ahouman Gaël Lakpa souligne la nécessité de préserver leurs droits d’accès aux données, de suivi des opérations et de recours juridictionnel. L’objectif est clair : déplacer le débat du terrain politique vers le terrain professionnel, tout en garantissant une transparence totale.

La crédibilité du futur dispositif reposera également sur des mécanismes concrets et vérifiables. Digitalisation poussée des opérations, audits réguliers et indépendants du fichier électoral, traçabilité renforcée des procès-verbaux et réduction des marges de manipulation humaine figurent parmi les piliers avancés par l’analyste. Parallèlement, Ahouman Gaël Lakpa propose la création d’une cour électorale spécialisée. Cette juridiction aurait pour mission de traiter les contentieux de manière rapide, motivée et strictement juridique, évitant ainsi que les litiges ne dégénèrent en tensions sociales. « La paix électorale dépend énormément de la crédibilité de ceux qui arbitrent les différends », rappelle-t-il.

Au-delà des propositions techniques, le chantier de la réforme électorale ivoirienne repose avant tout sur une volonté politique partagée et une mobilisation citoyenne éclairée. Pour Ahouman Gaël Lakpa, sortir des « bricolages électoraux permanents » est une condition sine qua non pour stabiliser le pays et renforcer sa démocratie. Si la Côte d’Ivoire parvient à concrétiser cette vision, le modèle pourrait bien offrir des pistes inspirantes pour l’ensemble du continent. Le débat est ouvert, et la confiance, comme le souligne l’analyste, ne se décrète pas : elle se construit, techniquement et politiquement.

Catherine Koné