Il y a des rencontres qui ressemblent à de simples interviews et d’autres qui prennent rapidement des allures d’une conversation entre passionnés.
Il y a des rencontres qui ressemblent à de simples interviews et d’autres qui prennent rapidement des allures d’une conversation entre passionnés. Ce mardi 2 septembre 2026, l’équipe de RHDP 24, conduite par Thierry Adam’s, a été reçue par l’artiste reggae maker Fadal Dey, à sa résidence de Yopougon Maroc. Dans une atmosphère chaleureuse et de cordialité, l’échange a permis de revisiter près de trois décennies d’une carrière musicale construite autour des racines africaines, de la foi, de l’amour, de la paix et de l’engagement.
De ses débuts avec Religion en 1997 au concept « Mandé Roots Culture », en passant par le souvenir de « Love for Adja », l’artiste s’est livré avec franchise sur son parcours et ses convictions. Il a également accepté de porter un regard sans détour sur l’orpaillage illégal, la gouvernance, la démocratie et son rapport au RHDP et au Président Alassane Ouattara.
Une conversation riche, parfois surprenante, souvent passionnée, qui laisse entrevoir quelques confidences à venir. Interview....
Thierry Adam's : Près de trois décennies de carrière musicale… En regardant aujourd’hui dans le rétroviseur, Fadal Dey, avez-vous le sentiment d’avoir atteint l’objectif que vous vous étiez fixé au départ ?
Fadal Dey : Je salue tous vos lecteurs et tous mes fans qui suivent votre journal. Je leur dis merci de m’aimer et de m’encourager chaque jour que Dieu fait. Merci à vous aussi, RHDP 24, pour l’opportunité que vous me donnez de m’adresser à la nation tout entière. Pour revenir à votre question, je vous réponds tout de suite par l’affirmative. Le plus important pour moi était de gagner ma vie par le travail que Dieu a bien voulu que j’exerce ici-bas. Aujourd’hui, j’arrive à me nourrir et à nourrir ma famille. Je dis : Dieu merci.Le reste est entre Ses mains. S’Il décide de me grader en m’élevant davantage, je Lui dirai merci et Lui en serai reconnaissant toute ma vie. S’Il continue aussi de me maintenir là où je suis, que Sa volonté soit faite.
Thierry Adam's : Fadal Dey, votre reggae a toujours porté une identité particulière, entre reggae roots, sonorités africaines et textes engagés. Comment définissez-vous vous-même votre style musical ?
Fadal Dey : Mon style de reggae s’appelle le « Mandé Roots Culture », ce qui signifie les racines des cultures mandé. Il met l’accent sur les mélodies et les rythmes traditionnels mandingues, accompagnés d’un message poignant en fonction du thème que j’aborde dans une chanson. Cela donne une identité particulière à ma musique et j’ai dû travailler dur pour obtenir ce résultat.
Thierry Adam's : « Love for Adja », extrait de l’album Religion sorti en 1997 : l’histoire racontée dans cette chanson est-elle un mythe ou une réalité ?
Fadal Dey : L’histoire racontée dans cette chanson est une réalité. C’est une histoire que j’ai vécue avec une fille que j’ai aimée. On lui avait fait croire que les artistes n’étaient pas sérieux et que, le jour où je sortirais mon premier album, je l’abandonnerais pour d’autres filles. J’ai donc composé cette chanson pour la rassurer et lui prouver que mes sentiments étaient sincères. Malheureusement, elle a été mariée à quelqu’un d’autre avant même la sortie de mon album. Mais au-delà de mon histoire personnelle, Love for Adja racontait aussi une véritable réalité de la société. Des milliers de personnes pouvaient se reconnaître dans cette histoire, et c’est sans doute ce qui a contribué au succès de la chanson.
Thierry Adam's : L’orpaillage illégal domine une partie de l’actualité sociopolitique. Quel regard, Fadal Dey, l’artiste engagé que vous êtes, portez-vous sur ce phénomène ?
Fadal Dey : Moi, je pense que s’il y a utilisateur de terre, c’est qu’il y a d’abord donneur de terre. C’est aussi simple que bonjour. Les Ivoiriens doivent savoir que, même si on est propriétaire terrien, on appartient avant tout à un pays dans lequel il y a des lois que chacun doit respecter. Chez moi, à Blamadougou, dans le district d’Odienné, je suis propriétaire terrien. Jamais je ne donnerai mes terres à qui que ce soit pour des pratiques qui mettraient la vie de toute une nation en danger. Je demande donc à chaque Ivoirien qui possède une petite portion de terre de faire comme moi. Maintenant, certains politiciens veulent en faire une récupération politique, mais ça n’a rien de politique. L’orpaillage légal est encadré par l’État. Il respecte les normes et personne ne s’en plaint. Ceux qui font cette activité dans le noir et qui utilisent des produits non conventionnels, détruisent nos terres et polluent nos eaux. Ils constituent un danger pour nous. Il faut donc les traquer et les mettre hors d’état de nuire. Le banditisme peut avoir plusieurs visages, mais ça reste du banditisme. Tout ce qui se fait de façon illégale est considéré comme hors la loi. Je demande à nos autorités d’être sans pitié face à ce fléau, car il y va de la survie de notre nation.
Thierry Adam's : « Gouvernants chauve-souris, je t’aime pas, non, je ne suis pas fan de toi… » extrait de votre premier album Religion, sorti en 1997. Dans cette chanson, vous dénoncez la longévité au pouvoir et une certaine gérontocratie politique… Revendiquez-vous toujours le fond de ce message sous la gouvernance actuelle ?
Fadal Dey : D’abord, je n’ai pas parlé de gérontocratie politique dans cette chanson, mais plutôt de longévité au pouvoir. Un vieux de 70, 80 ou 90 ans peut mieux gouverner un pays qu’un jeune de 40 ou 50 ans. On a vu des jeunes de moins de 50 ans à la tête de grands pays très puissants dans ce monde qui ont demandé à nos présidents de légaliser l’homosexualité chez nous en Afrique. Mais nos vieux présidents ont dit non. Gouverner n’est pas une question d’âge, mais plutôt une question de vision. Ceci étant, je pense que vous n’avez pas écouté ma chanson « Gouvernants chauve-souris » dans son intégralité. Sinon, vous auriez entendu, vers la fin, la partie où je dis que « quand le peuple n’a plus besoin de toi, va dans la paix et garde ta dignité ». Mais quand le peuple a toujours besoin d’un dirigeant et le réclame comme ce fut le cas au Rwanda, qu’est-ce qu’on fait ? Il y a donc un non-dit dans la chanson. Avec l’arrivée des présidents Paul Kagame et Alassane Ouattara au pouvoir en Afrique noire, on a fini par comprendre que la démocratie occidentale, avec la limitation des mandats à deux de cinq ans dans un continent où les pays sont en voie de développement, est un frein à l’avancement de ces pays. Les Occidentaux ont tout construit chez eux, mais nous, Africains, avons tout à construire chez nous. Nous devons donc façonner cette démocratie en y apportant ce qui est bien pour nous, dans l’intérêt de nos peuples. Par exemple : Pourquoi ne pas limiter les mandats à quatre de cinq ans ou à deux de dix ans, avec une vision claire au profit du peuple ? Cela permettra aux pouvoirs de travailler et ils auront l’obligation d’obtenir des résultats probants sur une période bien précisée par la loi fondamentale pendant le premier mandat. C’est à ce prix qu’ils pourraient être éligibles à un second mandat. Un pouvoir sans résultats efficaces et factuels serait disqualifié d’office. Que tout ceci soit écrit dans la loi fondamentale.
Thierry Adam's : Certaines opinions vous présentent comme un artiste RHDP, proche du Président Alassane Ouattara. Quelle est la nature exacte de votre relation avec le pouvoir RHDP : proximité artistique, adhésion politique, reconnaissance envers l’action du Président Ouattara ou véritable engagement militant ?
Fadal Dey : Bon, depuis que le Président Alassane Ouattara est au pouvoir, il ne m’a pas encore reçu ni officiellement ni officieusement hein ( rire ). Pour répondre à la question je pense que tout Ivoirien fier de l’être devrait chercher aujourd’hui à se rapprocher du RHDP, vu tout ce que ce grand parti politique abat comme boulot pour le bonheur des Ivoiriens. Aujourd’hui nous voyons au moins comment l’argent des impôts que nous payons est utilisé. C’est factuel et ça saute aux yeux. C’est vrai que tout n’est pas rose, tout n’est pas parfait, mais lorsque nous voyons la gestion du pays par le RHDP, à travers Son Excellence Monsieur le Président de la République, Alassane Ouattara, et son gouvernement, on ne peut qu’être fiers de ce parti qui fait du vivre-ensemble et du développement de la Côte d’Ivoire une réalité. Lorsque vous parcourez la Côte d’ivoire, du nord au sud, de l’est à l’ouest, vous constatez avec joie et fierté que tout le pays est en chantier. Plusieurs infrastructures et édifices sont sortis de terre et de grands travaux sont engagés partout, sans distinction de région ni d’ethnie au profit des populations. Je dis bravo au RHDP. Qu’ils continuent ainsi et qu’ils ne dorment pas sur leurs lauriers, car plus on se développe, plus les Ivoiriens deviennent exigeants. Mais ce qui me fascine le plus dans ce parti, c’est le volet pardon et paix incarné par son président à la tête de notre pays. Ce qui fait que j’ai beaucoup d’estime et de respect pour lui. Je l’encouragerai toujours dans cette politique de paix et de pardon. Je suis un reggaeman et je suis très attaché à la paix et à l’amour entre les peuples. Ce que le Président Ouattara a vécu quand il était dans l’opposition, même Nelson Mandela ne l’a pas vécu. On lui a dénié sa nationalité, sachant très bien que, juridiquement, avant 1961, la nationalité ivoirienne n’existait pas. Tous nos parents nés avant cette date étaient tous français. En plus de cela, de tous les présidents qui ont gouverné notre pays, seul le Président Ouattara a présenté aux Ivoiriens les papiers authentiques de ses parents. On n'a jamais vu pour les parents des autres. (L’ex-président Laurent Gbagbo nous a même dit à la télévision nationale lors d’une interview qu’il allait saisir la justice pour ajouter le nom Koudou sur ses papiers. Mais bien avant cette déclaration, quel était le nom de son père dans ses papiers? Les Ivoiriens ne le savent pas et pourtant il nous a gouverné.) Mais dans ce pays ils ont humilié la propre mère du président Ouattara pendant toute une journée, en lui demandant si son fils était réellement son fils. À la mort de cette dernière, ils sont allés déterrer son corps une semaine après l’enterrement. J’en connais peu en Afrique qui pardonneraient de telles ignominies une fois au pouvoir. J’en veux pour preuve le premier président du Cameroun, paix à son âme, Ahmadou Ahidjo, qui est mort en exil après avoir cédé son fauteuil à son Premier ministre, Paul Biya, l’actuel président de ce pays frère. Même sa dépouille n’a pas été rapatriée au Cameroun, son pays d’origine. Mais tous ceux qui ont fait du tort au Président Alassane Ouattara vaquent librement à leurs occupations en Côte d’Ivoire aujourd’hui, sans être inquiétés. Ouattara leur a pardonné. Il a même permis à plusieurs d’entre eux de retrouver leur travail après la crise post-électorale qu’ils ont créée en 2010 quand ils ont perdu les élections. Ceux-là vont au boulot aujourd’hui comme si de rien n’était. Ceci est une grande leçon de vie. C’est pourquoi j’apprécie le Président Ouattara. C’est un grand homme. Le jour où on le regrettera, le soleil sera au zénith.
FADAL DEY : « IL Y A QUELQUE CHOSE AU FEU ET ÇA BOUT DÉJÀ »
Thierry Adam's : Bob Marley a chanté Haïlé Sélassié, Burning Spear a immortalisé Marcus Garvey, Alpha Blondy a consacré presque toute une carrière à magnifier Houphouët-Boigny. Fadal Dey chantera-t-il un jour Alassane Ouattara ?
Fadal Dey : Vous avez oublié de mentionner mon grand Ismaël Isaac, qui a immortalisé Nelson Mandela à travers plusieurs chansons. Merci à tous ces devanciers d’avoir magnifié ces grands Hommes. Pour terminer, je vous dirai qu’il y a quelque chose au feu et que ça bout déjà. Souffrez que je ne vous en dise pas plus. Mais ça sera zo et mal zo.
Je vous remercie.
Interview réalisée par Thierry Adam's
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