C’est lors d’une visite essentiellement privée, mais à l’invitation de son homologue Alassane Ouattara, que Mamadi Doumbouya s’est rendu en Côte d’Ivoire du 11 au 14 septembre.


Entre Abidjan et Conakry, les échanges se poursuivent dans un contexte ouest-africain marqué par des recompositions politiques, sécuritaires et économiques. Du 11 au 14 septembre 2026, le président guinéen Mamadi Doumbouya a séjourné en Côte d’Ivoire, à l’invitation de son homologue ivoirien Alassane Ouattara, dans le cadre d’une visite présentée comme essentiellement privée.


Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, le chef de l’État guinéen est arrivé à Abidjan dans la soirée du 11 septembre. Il a été accueilli par la présidente du Sénat, Kandia Kamissoko Camara, ainsi que par les ministres Vagondo Diomandé, Adama Kamara et Nassénéba Touré. Mamadi Doumbouya a ensuite séjourné à Assinie, avant de rencontrer Alassane Ouattara le 13 septembre à la résidence présidentielle de Cocody Riviera Golf. La rencontre entre les deux chefs d’État s’est déroulée d’abord en tête-à-tête, avant de s’élargir à plusieurs collaborateurs des deux présidences. Du côté ivoirien figuraient notamment le vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara et la secrétaire générale de la présidence, Masséré Touré-Koné. La délégation guinéenne comprenait notamment l’ancien ministre du Budget Facinet Sylla, le conseiller à la présidence Thierno Mamadou Bah et Fodé Amadou Fofana, dit Papa Fofana, chef du cabinet civil du président guinéen. Derrière le caractère privé de cette visite, plusieurs dossiers d’intérêt régional auraient été abordés. Parmi eux, les questions sécuritaires occupaient une place importante, notamment la lutte contre l’orpaillage illégal et la contrebande de cacao. Selon Jeune Afrique, les deux pays auraient convenu de renforcer le dispositif de sécurisation de leur frontière commune. La question du cacao constitue un sujet particulièrement sensible. Le magazine rapporte que des volumes importants de fèves issues du trafic illicite transiteraient par la Guinée, alors que la production nationale guinéenne demeure nettement inférieure. Une situation qui donne à la coopération entre Abidjan et Conakry une dimension économique autant que sécuritaire.

Autre dossier évoqué : la question monétaire. La Guinée ne fait pas partie de l’UEMOA et conserve le franc guinéen, alors que le président ivoirien figure parmi les dirigeants ouest-africains favorables au projet de monnaie unique de la CEDEAO, l’Eco. En août, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, Karamo Kaba, avait publiquement défendu le choix de Conakry de conserver sa monnaie nationale. Selon Jeune Afrique, Mamadi Doumbouya aurait ainsi expliqué sa position à son homologue ivoirien. La rencontre aurait également permis d’aborder certains sujets politiques sensibles concernant la Guinée. Jeune Afrique rapporte qu’Alassane Ouattara aurait fait part de ses préoccupations concernant la situation de l’ancien avocat général près de la Cour suprême, Algassimou Diallo, ainsi que la découverte, le 24 août, d’un charnier à Allassoyah, dans la préfecture de Forécariah. En retour, le président ivoirien aurait assuré à son homologue guinéen qu’une vigilance était exercée à l’égard des opposants guinéens installés en Côte d’Ivoire, notamment Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo, afin que le territoire ivoirien ne serve pas à préparer des actions de déstabilisation contre Conakry. Cette séquence intervient après une période de plusieurs mois sans rencontre directe entre les deux dirigeants. Mamadi Doumbouya et Alassane Ouattara s’étaient notamment retrouvés en juin 2025, lors de la première visite officielle du président guinéen en Côte d’Ivoire.


Au-delà du caractère privé annoncé de son dernier séjour, la rencontre de septembre apparaît ainsi comme un moment d’échanges sur plusieurs dossiers qui dépassent les relations bilatérales. Avec plus de 610 kilomètres de frontière commune, de la zone d’Odienné jusqu’à l’ouest ivoirien, la Côte d’Ivoire et la Guinée sont directement liées par des enjeux de sécurité, de commerce transfrontalier et de stabilité régionale. Une proximité géographique qui impose, de fait, un dialogue régulier entre Abidjan et Conakry.

Par Thierry Adam's

Source : Jeune Afrique