Dans les contrées arides du Rajasthan, en Inde, les communautés traditionnelles Kalbeliya pratiquaient autrefois un art aussi fascinant que mystérieux : celui de l’Hypnotiseur de serpents.
Dans les contrées arides du Rajasthan, en Inde, les communautés traditionnelles Kalbeliya pratiquaient autrefois un art aussi fascinant que mystérieux : celui de l’Hypnotiseur de serpents. Assis en tailleur, le joueur de *pungi* (une flûte traditionnelle) ne cherchait pas à dompter le cobra par la force ou la crainte. Il jouait une mélodie douce et répétitive, créant une résonance qui apaisait l’animal, transformant une menace potentielle en une danse de confiance. Aujourd’hui, cette pratique est largement interdite pour des raisons de protection animale, mais la métaphore, elle, reste d’une puissance intemporelle, surtout lorsqu’on l’applique à l’art subtil du leadership.
Un haut cadre du RHDP, m’a un jour confié une anecdote qui illustre parfaitement cette métaphore. Il m’a parlé du Président Alassane Ouattara non pas comme d’un stratège froid, mais comme d’un véritable « charmeur de serpents ».
L’histoire remonte à 2001. Le contexte politique était alors électrique. Ce cadre, en désaccord total avec certaines orientations du parti (le RDR d’alors) et ayant récemment subi de vifs « crocs en jambe » politiques de la part du pouvoir en place, était à bout. La colère et la déception avaient pris le dessus. Sa décision était ferme, irrévocable : il allait démissionner. La lettre était rédigée, l’esprit décidé. Il prit rendez-vous avec le président du parti, Dr Alassane Ouattara, pour lui remettre sa démission en main propre, à son cabinet des II Plateaux Vallon. Le rendez-vous était fixé à 15 heures.
Il entre dans le bureau, le courrier brûlant dans sa mallette, prêt à acter la fin de son engagement. Mais avant même qu’il n’esquisse le moindre geste, l'opposant d'alors, Dr Alassane Ouattara prend la parole. Il ne parle pas de politique. Il ne parle pas du parti, des désaccords ou des intrigues. Il s’enquiert des nouvelles de sa famille. Et il ne le fait pas de manière générique ou protocolaire. De sa mère jusqu’à sa dernière fille, le président du RDR prononce le nom de chacun des membres de sa famille, s’informant de leur santé, de leur parcours, de leur bien-être. Pendant près de trente minutes, l’entretien ne tourne qu’autour de cette sphère intime.
Peu à peu, la carapace de l’homme en colère se fissure. La tension dans ses épaules s’évapore. La lettre de démission, qui semblait si lourde et si juste quelques instants plus tôt, lui apparaît soudainement déplacée, presque triviale face à cette marque d’attention sincère.
Au terme de ces trente minutes, Dr Alassane Ouattara le regarde avec bienveillance et lui pose cette question simple : « On m’a dit que tu souhaitais me remettre un courrier en main propre, sans intermédiaire ? »
La gorge nouée, la voix en trémolo, le cadre répond : « Non, Monsieur le Président, je tenais juste à vous entendre de vive voix. »
Il est reparti ce jour-là sans déposer sa démission. Et c’est depuis cet instant précis qu’il qualifie affectueusement le Chef de l’État de « charmeur de serpents ».
Cette appellation, loin d’être péjorative, est un hommage vibrant à une qualité rare en politique : l’intelligence émotionnelle. Tout comme le joueur de pungi ne combat pas le serpent mais comprend sa nature pour l’apaiser par le rythme, le grand leader sait que l’on ne résout pas les crises humaines par l’affrontement frontal, mais par l’écoute, l’empathie et la reconnaissance de l’autre dans sa globalité. Il désarme la colère non pas par l’autorité, mais par l’humanité.
Dans un paysage politique souvent dominé par des calculs froids, des communications aseptisées et des rapports de force, cette chronique nous rappelle une vérité fondamentale. Avant d’être un collaborateur, un militant ou un adversaire, chaque individu est d’abord un être humain, avec ses doutes, sa famille et ses blessures.
Peut-être que le véritable secret de la cohésion, au sein du RHDP comme dans la nation, réside dans cette capacité du Président Alassane Ouattara à voir l’humain derrière la fonction de ses collaborateurs, en chacun des Ivoiriens. Car au final, ce ne sont pas les discours enflammés qui soudent les équipes, l'unité nationale mais, ces trente minutes où l’on prend le temps de demander, sincèrement, des nouvelles de la mère et de la dernière fille.
Thierry Adama
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