Un pan majeur de la mémoire culturelle ivoirienne a retrouvé sa terre d’origine.


Un pan majeur de la mémoire culturelle ivoirienne a retrouvé sa terre d’origine. En marge de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le peuple Bidjan d’Adjamé-Village a officiellement présenté, ce vendredi 7 août, le Djidji Ayokwè, son célèbre tambour parleur, revenu sur la terre de ses ancêtres après 110 années d’absence.

Placée sous la présidence du Premier Ministre Robert Beugré Mambé, représenté par le Ministre-Conseiller Laurent Tchagba, la cérémonie a rassemblé autorités administratives et coutumières, ainsi que de nombreuses populations venues vivre un moment chargé d’histoire et d’émotion. La Ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, était également présente.

UN RETOUR QUI RÉVEILLE LA MÉMOIRE

Parti d’Adjamé-Village en 1916, le Djidji Ayokwè retrouve enfin sa communauté plus d’un siècle plus tard.

Son retour dépasse largement le cadre d’une restitution matérielle. Il représente une étape importante dans la réappropriation du patrimoine culturel ivoirien et dans la volonté de préserver les traces d’une histoire parfois éloignée de ses lieux d’origine. Pour les populations d’Adjamé-Village, ce retour constitue ainsi un moment de retrouvailles avec un symbole profondément enraciné dans leur identité.


UN TAMBOUR QUI PARLE À TOUTE UNE COMMUNAUTÉ

Le Djidji Ayokwè n’est pas un simple instrument musical. Traditionnellement, le tambour parleur constitue un véritable moyen de communication, de rassemblement et de transmission.

Par ses sonorités et les messages qu’il porte, il participe à la vie de la communauté et contribue à maintenir le lien entre les générations. Sa présence retrouvée à Adjamé-Village prend donc une dimension particulière à une époque où la préservation du patrimoine immatériel apparaît comme un enjeu essentiel. À travers lui, c’est une partie de la mémoire collective qui retrouve sa place auprès des jeunes générations.

LA TRADITION AU CŒUR DE LA CÉRÉMONIE

La dimension spirituelle et traditionnelle de l’événement a été particulièrement mise en évidence par la libation effectuée par Nanan Epo François, sous l’égide de Nanan Nangui Boua Chérubin, chef d’Adjamé-Village.

Ce rituel a donné à la cérémonie une profondeur particulière, en établissant un lien symbolique entre les générations présentes, les ancêtres et la terre retrouvée. Les prestations de danses guerrières exécutées par différents villages Ébrié ont ensuite apporté une dimension spectaculaire à cette célébration, donnant à voir la richesse des traditions et la vitalité du patrimoine culturel du peuple Ébrié.

MÉMOIRE, PAIX ET RÉCONCILIATION

Au-delà de la restitution du Djidji Ayokwè, les différents messages délivrés au cours de la cérémonie ont porté des valeurs de paix, de pardon, de réconciliation, d’unité et de solidarité.

Le retour du tambour parleur est ainsi apparu comme une occasion de rappeler que le patrimoine peut également servir de pont entre les générations et de facteur de cohésion au sein de la nation. Les populations ont, à cette occasion, exprimé leur reconnaissance aux autorités ivoiriennes, notamment au Président de la République, Alassane Ouattara, pour les actions engagées en faveur de la sauvegarde et du retour du patrimoine culturel national.

UN PATRIMOINE QUI REDEVIENT VIVANT

Après 110 ans loin de sa terre d’origine, le Djidji Ayokwè retrouve désormais sa communauté et, avec elle, une nouvelle place dans la transmission de l’histoire.

Son retour rappelle que le patrimoine ne se résume pas aux objets conservés dans les musées ou aux récits consignés dans les livres. Il vit à travers les peuples, les cérémonies, les traditions et les générations qui se transmettent une mémoire commune. En retrouvant Adjamé-Village en cette journée de célébration de l’indépendance, le Djidji Ayokwè est devenu bien plus qu’un symbole du peuple Bidjan. Il incarne une mémoire retrouvée, une identité assumée et une histoire qui continue de se transmettre.

Roseline BAH