C’est la combinaison d’un sujet original, d’une approche rigoureuse et d’un enjeu hautement stratégique. C’est autour de ces trois dimensions que s’est articulée la soutenance de thèse de doctorat de Yéo Dégnimani, tenue le vendredi 30 janvier 2026 à l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa.
Intitulée « Politique agricole et sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire : le cas de l’oignon de 1963 à 2002 », la thèse analyse les initiatives engagées par les pouvoirs publics ivoiriens depuis l’ouverture des premiers centres horticoles en 1963 jusqu’à la crise politico-militaire de 2002, qui a profondément désorganisé la filière oignon.

Pour le doctorant, le choix de ce thème répond à une nécessité scientifique et citoyenne. « Depuis l’indépendance, l’État ivoirien a poursuivi l’héritage colonial agricole en privilégiant les cultures d’exportation. Le vivrier est resté marginal dans les politiques publiques comme dans l’analyse historique », révèle-t-il.

L’étude montre que la production d’oignon en Côte d’Ivoire a longtemps été portée par des acteurs spécifiques. « De nombreux interdits d’ordre culturel ont fait de l’oignon une culture réservée aux femmes (productrices traditionnelles de maraîchage), aux jeunes (nouvelle génération de producteurs) et aux étrangers – Nigériens, Burkinabés, Maliens – qui maîtrisaient déjà cette culture dans leurs pays d’origine », précise le nouveau Docteur.

À travers une analyse fondée sur des archives, des données statistiques agricoles et des témoignages oraux, la thèse met en évidence les limites structurelles des politiques de diversification agricole et leurs conséquences sur la sécurité alimentaire nationale.

Pour Yéo Dégnimani, ce travail dépasse le cadre académique. « Valoriser aujourd’hui le vivrier comme catégorie d’analyse historique est devenu urgent. Les leçons tirées peuvent servir de notes d’aide à la décision pour éclairer l’action des pouvoirs publics dans le sens de la réalisation de la sécurité alimentaire », a-t-il souligné.

Par cette soutenance, le Département d’Histoire de l’Université de Daloa confirme son rôle dans la production de savoirs utiles à la compréhension des enjeux contemporains du développement ivoirien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *