Au-delà de ses fonctions régaliennes de Président de la République, il est un homme. Un être humain fait de chair, de sentiments, de silences puissants et de sourires désarmants. Il est Alassane Ouattara.

Un jour, en 2009,dans les couloirs feutrés du cabinet privé situé au Vallon, rue des Jardins, un cadre du RDR sort furieux d’une audience avec un collaborateur du Président. L’homme est plus qu’un militant : c’est un pilier du parti, l’un des rares bailleurs de fonds aux côtés du Président Alassane Ouattara. Visage fermé, regard sombre, il tranche l’air comme une lame. Sans saluer, il lance froidement :

— Il n’y a rien à faire. Je démissionne du RDR.

Et le voilà qui monte dans son véhicule, laissant derrière lui un silence chargé detronnement.

À la cellule Communication, nous étions perplexes.

Des jours passent. L’homme ne revient pas. Les rumeurs circulent. Puis, quelques semaines plus tard, contre toute attente, nous l’apercevons dans le hall du cabinet. Il vient de sortir d’une audience avec le président Alassane Ouattara. Cette fois, il a le sourire large, presque lumineux.

Il nous voit. Il sait que nous avons été témoins de sa colère passée. Alors, sans qu’on lui pose la moindre question, il lâche, presque comme une confession :

— Franchement… Alassane Ouattara est un Grand Homme. Il sera Président de la République, je vous le dis, notez-le.

Il s’arrête. Puis reprend, la voix plus grave :

— J’étais venu pour lui présenter ma démission. J’étais déterminé, blessé, frustré. Mais dès qu’il m’a reçu, il a commencé par prendre des nouvelles de ma famille. Avec chaleur. Avec cette sincérité calme qui le caractérise. Et quand je lui ai avoué, en face, que j’étais profondément frustré, il ne s’est pas emporté. Il s’est levé. Il a marché lentement, puis il s’est rassis, m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit :

— Cher frère, penses-tu que moi je ne suis pas frustré ? Tu es proche de moi. Tu sais bien ce que j’ai traversé. Tu sais également ce que je continue d’endurer. Vous tous, mes compagnons, vous savez que l’être qui m’est le cher au monde pour moi, même décédé, est bien ma mère, feue Hadja Nabitou. Sa tombe a été profanée.

Y a t-il une frustration plus que ça ?

Et il a poursuivi, la voix douce mais ferme :

— Mais j’ai pardonné. Parce que le pardon — pas l’oubli — est l’arme des forts.

Pendant quinze minutes, le Président m’a parlé. Sans forcer, sans jouer. Il m’a parlé avec le cœur. Et à la fin… il a souri. Comme toujours.

À cet instant, j’ai compris. J’ai su que je ne pourrais plus jamais tourner le dos à cet homme d’État. Plus jamais.

Voilà qui est Alassane Ouattara. Un Président, oui. Mais d’abord un homme. Un frère. Un cœur. Un leader que même la douleur ne transforme pas en haine. Un homme dont le silence vaut souvent bien plus que mille discours.

 

SOUMAHORO Alfa Yaya.

Journaliste, écrivain

ex membre du cabinet de communication

du ministère des affaires étrangères

 

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