
À trois mois de l’élection présidentielle, la Côte d’Ivoire vit à l’heure d’une effervescence politique grandissante. Dans ce climat où les tensions pourraient menacer la stabilité du pays, les femmes, sous l’impulsion de l’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique, se mobilisent pour impulser des élections inclusives, apaisées et véritablement démocratiques. Rebecca YAO, présidente de cette organisation et figure montante du RHDP, a accordé une interview exclusive à RHDP 24. Elle y dévoile sa vision d’un leadership féminin plus affirmé, ses plaidoyers pour une participation accrue des femmes aux instances décisionnelles, et son engagement sans faille en faveur d’un scrutin pacifié. Fervente militante, elle exprime également son vœu ardent de voir le Président Alassane Ouattara briguer un nouveau mandat en 2025, tout en rappelant l’importance de l’unité nationale et des acquis à préserver.
Entre combat politique et actions sociales à travers son ONG Diabo Ville Émergente, Rebecca Yao incarne cette nouvelle génération de femmes ivoiriennes déterminées à écrire l’histoire. Interview…

RHDP 24 : Vous êtes la présidente de l’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique. Quels sont les axes d’action de votre ONG dans le paysage politique en Côte d’Ivoire ?
Rebecca YAO : L’ONG Femmes Ivoiriennes en Politique a pour mission l’émancipation politique de la femme, c’est-à-dire l’égalité des genres, des opportunités pour les femmes en politique et dans tous les autres aspects de la vie. Nous œuvrons pour que les femmes, population souvent discriminée, puissent sortir de leur état de minorité. Nos axes d’intervention incluent la sensibilisation, le plaidoyer, le renforcement des capacités, le réseautage, la solidarité féminine et le suivi-évaluation de la participation des femmes. Toutes ces actions s’inscrivent dans la dynamique des accords de Beijing, qui recommandent de réformer la société et les institutions afin que les femmes puissent agir en tant que participantes égales aux hommes dans les domaines politique, économique et social.

RHDP 24 : Les 1er et 2 juillet 2025, vous avez réuni des femmes de tous bords politiques à la Rotonde de l’Assemblée nationale autour du thème : “Quelle contribution des femmes pour un processus électoral 2025 inclusif, cohésif et apaisé ?”. Quelles sont les principales recommandations issues de ces assises ?
Rebecca YAO : Effectivement, nous avons réuni cent femmes leaders – politiques, de la société civile, des médias, des communautés traditionnelles et religieuses – avec l’appui du Conseil National des Droits de l’Homme. Partant du principe que tout se résout par le dialogue, notre objectif était de mobiliser les femmes pour la réussite du processus électoral de 2025. Les débats ont porté sur des sujets clés : élections inclusives, démocratie, cohésion sociale, violences électorales et inégalités de genre. Malgré nos divergences politiques, nous avons relevé le défi grâce à notre patriotisme et notre engagement pour la paix. Nous avons élaboré un plaidoyer de 17 points, remis au Haut Représentant du Chef de l’État, Son Excellence Gilbert Koné Kafana, le 17 juillet.Parmi nos recommandations : – Le respect du calendrier électoral pour éviter un vide constitutionnel. – La création d’un cadre permanent de dialogue entre partis politiques, société civile et populations. – L’ouverture de la candidature présidentielle à tous ceux qui le souhaitent. – L’application du quota de 30 % de femmes aux élections législatives, municipales, régionales, sénatoriales, ainsi qu’au gouvernement, à la fonction publique et aux entreprises. Ce plaidoyer est notre engagement collectif pour des élections apaisées.

RHDP 24 : Pourquoi avoir ciblé le Haut Représentant du Chef de l’État plutôt que les partis politiques ?
Rebecca YAO : Ce plaidoyer a été élaboré avec des femmes mandatées par leurs partis. Avant de le transmettre aux responsables politiques, il était essentiel d’interpeller l’exécutif, garant de sa mise en œuvre.
RHDP 24 : Pensez-vous que les femmes sont suffisamment représentées aujourd’hui pour faire entendre leurs voix ?
Rebecca YAO : Des avancées existent, comme la loi sur les quotas, mais beaucoup reste à faire. Nous devons lever les barrières socioculturelles, renforcer la confiance et les capacités des femmes. Notre rôle est de militer pour une représentation équitable dans les sphères décisionnelles. Je peu vous confirmer qu’en dépit de ce déséquilibre du genre, notre voix est bien audible dans les instances décisionnelles.
RHDP 24 : Femme engagée politiquement et socialement, dois-je dire que Rebecca Yao est la version nouvelle des femmes battantes de Grand-Bassam à l’époque de la colonisation, à l’image de Madame Marie Koré ?

Rebecca YAO : Je ne dirais pas une version nouvelle, nous sommes les descendantes de ces braves femmes. Nos mamans nous ont montré la voie, l’audace, la combativité, la résilience, la vision, l’abnégation et plusieurs générations après, nous marchons dans leur sillage et nous essayons de reproduire ce qu’elles ont fait. La transformation de la société qu’elles ont pu obtenir. L’impact que nous voulons avoir est que nous, les femmes, nous sommes garantes de la stabilité communautaire dans nos localités. Stabilité communautaire mais aussi épanouissement de la femme, autonomisation économique. Nous pensons que la création de richesses émane aussi de nous. Nous croyons que la femme a un potentiel et ce potentiel, des fois, elle l’ignore, elle le sous-estime. Quand on voit nos mamans de Grand-Bassam qui se sont levées et qui sont allées affronter les canons du colonisateur pour défendre leurs maris emprisonnés, mais c’est un exemple de courage à suivre et à perpétrer. Alors, c’est ce que nous faisons. Nous pensons que les femmes du monde rural, comme du monde urbain, sont des femmes valeureuses qui ont un potentiel qui est inexploité. Et donc, nous travaillons à le mettre en évidence et à la vue des résultats, ce sont des mutations positives qui se font chaque jour dans nos collectivités. Et nous devenons maintenir la cadence pour que le monde voit la contribution réelle de la femme pour l’essor économique et social de sa localité.

RHDP 24 : Quelle est, selon vous, la femme idéale dans l’histoire de la Côte d’Ivoire ?
Rebecca YAO : La femme idéale de l’histoire ivoirienne ? Il y en a tant ! Je suis une grande admiratrice du leadership féminin dans notre pays. Notre histoire a été marquée par des femmes exceptionnelles : depuis les héroïnes de Grand-Bassam jusqu’aux figures contemporaines comme Henriette Dagri Diabaté, Hortense Aka-Anghui, Kandia Camara, le docteur Hassana Sangaré, le docteur Simone Ehivet Gbagbo, madame Jacqueline Oble, et bien d’autres. Chacune, avec ses convictions politiques, a contribué à la démocratie, à la paix et au développement. Elles ont brillé dans divers secteurs et inspiré des communautés entières. Je les ai interviewées pour un film, et malgré leurs différences, elles se ressemblent par leur vision et leur détermination. Ce sont des femmes de conviction, qui ne regrettent rien malgré les obstacles. Cette résilience est une leçon de vie : quand on s’engage, on ne sait pas ce qui nous attend, mais c’est le bien qu’on apporte qui compte.
RHDP 24 : Vous avez donc plusieurs modèles, pas une seule femme idéale ?
Rebecca YAO : Exactement. Plusieurs femmes idéales, car chaque époque a eu ses combats politiques. Nos aînées de 1949, par exemple, ont changé les mentalités sans même savoir lire. Leur courage face au colonisateur reste un symbole. Maman Henriette Dagri Diabaté a défendu ses idées jusqu’à la prison. Maman Simone Ehivet Gbagbo s’est battue pour le multipartisme sous Houphouët-Boigny. Maman Kandia Camara a soutenu le Président Ouattara avec conviction et fidélité. Maman Hassana Sangaré a marqué son époque auprès du père fondateur Félix Houphouet Boigny et du président Bédié. Chacune a son histoire, son héritage. Et ces différents héritages nous guident dans notre engagement actuel.

RHDP 24 : En tant que coordinatrice régionale adjointe du RHDP dans le Gbêkê, comment évaluez-vous l’état du parti dans cette région ?
Rebecca YAO : Le RHDP se porte bien dans le Gbêkê grâce à notre ancrage local, notre proximité avec les populations et le leadership de notre coordinateur, le Ministre ASSAHORÉ Jacques. Nous travaillons en cohésion pour préparer les élections, tout en relevant des défis comme la représentation des femmes et des jeunes.
RHDP 24 : Lors du congrès du RHDP en juin, les militants ont demandé au Président Ouattara d’être candidat en 2025. Il a demandé un temps de réflexion. Quelle analyse en faites-vous ?
Rebecca YAO : Cette démarche reflète la sagesse et la volonté d’écoute de notre Président. Nous avons confiance en sa décision et restons mobilisés pour une victoire du RHDP. C’est vrai, ce n’est ni une acceptation, ni un refus, mais c’est dans la dynamique de mieux faire. C’est vrai que les attentes étaient autres, mais nous avons confiance au Président de la République qui connaît le moment, la manière et, en bons soldats, nous attendons ses consignes et nous sommes résolument engagés de toute manière pour une victoire du RHDP aux élections d’octobre 2025.
RHDP 24 : À supposer, par extraordinaire, qu’il adviendrait que le Président renonce. Et quelle sera votre plan B ?
Rebecca YAO : Si le Président renonce à une candidature à l’élection présidentielle, à notre grand regret, nous aviserons. Et moi personnellement, je fais confiance au Président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara. Pour le choix de ce plan B. Et je crois que le RHDP, grâce à son unité et à l’engagement de sa base militante, saura suivre les orientations dans la sérénité, dans la discipline et avec beaucoup d’efficacité.
RHDP 24 : Vous présidez aussi l’ONG ”Diabo Ville Émergente”, qui milite pour l’autonomisation des femmes en milieu rural. Quels sont vos actifs à ce jour ?

Rebecca YAO : Depuis 2018, nous accompagnons 3 000 femmes via 200 coopératives dans l’agriculture et la formation. Nous avons créé une unité de transformation et une école pour le leadership féminin, qui sera inaugurée en octobre 2025. Sur le plan agricole, nous avons un périmètre de près de 100 hectares. Nous avons une unité de transformation, qui est la première et la seule de tout le département de Botro. Et nous avons l’appui de l’Agence Emploi Jeunes pour le financement du rachat de crédit et l’appui de l’Agence de Développement du Riz pour la production du riz. Pour ce qui concerne le renforcement de capacités, nous avons une école que nous appelons École des femmes Dominique Ouattara, qui sera inaugurée en octobre 2025. Pour l’instant, nous faisons de l’alphabétisation et de l’éducation financière. Et d’ici octobre 2025, nous aurons notre salle informatique, notre bibliothèque et nous serons prêts à délivrer tous les cours pour favoriser le leadership féminin des femmes de la localité de Diabo.
RHDP 24 : Quel message aux Ivoiriens à l’approche des élections ?
Rebecca YAO : J’appelle à la participation citoyenne, à la paix et à la cohésion. Défendons nos acquis, restons unis et engagés pour une Côte d’Ivoire stable et prospère. Vive le RHDP, vive le Président Ouattara, et vive notre nation !
Interview réalisée par Thierry Adama












































































































































































































































































































































