En quelques jours, près de 40 militaires et hauts gradés ont été arrêtés. Un coup de filet qui révèle les fissures d’un pouvoir militaire qui joue sa survie. Des arrestations massives secouent les rangs militaires au Mali. Selon plusieurs sources sécuritaires et gouvernementales jointes par Reuters, 36 à 40 soldats et hauts responsables de l’armée ont été interpellés ces derniers jours, soupçonnés de menaces contre le gouvernement de transition. Parmi eux, deux figures bien connues : le général Abass Dembélé, ancien gouverneur de Mopti, région stratégique du centre du pays, et la générale de brigade Nema Sagara, membre de l’état-major de l’Armée de l’air. D’après la presse panafricaine, cette dernière compte parmi les femmes militaires les plus gradées d’Afrique et fait partie des rares officières maliennes ayant participé directement aux combats. Formée au Mali, en France et aux États-Unis, son parcours exceptionnel dans la défense des populations civiles et la souveraineté nationale rend son arrestation d’autant plus troublante.

Officiellement, rien ne filtre. Ni l’armée ni le gouvernement n’ont confirmé ces arrestations, encore moins précisé la nature exacte des accusations. Mais, en coulisses, les confidences se font plus franches : il s’agirait de neutraliser toute velléité de contestation à l’intérieur de la machine sécuritaire, pilier du pouvoir depuis les coups d’État d’août 2020 et de mai 2021.

Goïta, cinq ans… ou plus

À Bamako, ce coup de filet intervient dans un climat politique tendu. En avril, la « conférence nationale de refondation » a recommandé de faire d’Assimi Goïta, chef de la junte et président de transition depuis 2021, le chef de l’État pour un mandat de cinq ans, renouvelable sans limite. Les partis politiques ? Dissous ou muselés. Les activités politiques ? Suspendues depuis mai, après de rares manifestations contre cette feuille de route jugée taillée sur mesure.

Un mois plus tôt, la décision avait été avalisée par les autorités, verrouillant un peu plus l’appareil d’État autour de Goïta.

Des fronts multiples

Pourtant, les priorités affichées par la junte – sécurité, intégrité territoriale, souveraineté – restent fragiles. Sur le terrain, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, multiplie les attaques au centre et au nord. Ses modes opératoires se diversifient : embuscades contre des postes militaires, taxation des populations, enlèvements ciblés, contrôle des routes commerciales. En quelques années, l’organisation a accumulé un trésor de guerre conséquent, lui permettant de financer une insurrection qui s’étend au Burkina Faso et au Niger voisins.

Les observateurs notent aussi un renforcement de la coordination tactique des groupes armés, qui mêlent guérilla classique et guerre psychologique, alimentant un climat de peur dans les zones rurales.

Un parfum de paranoïa

Depuis leur arrivée au pouvoir, les militaires maliens ont rompu avec leurs alliés occidentaux traditionnels, notamment la France, et quitté le G5 Sahel. Dans le vide laissé par ce désengagement, la Russie s’est installée comme partenaire sécuritaire majeur, fournissant armements, conseillers et appuis logistiques. Mais cette proximité nourrit aussi des critiques internes, certains officiers voyant dans cette alliance une nouvelle dépendance étrangère.

L’arrestation de dizaines de militaires, dont certains cadres influents, témoigne d’une nervosité croissante au sommet. Est-ce une purge préventive contre un embryon de complot ou la manifestation d’une peur obsédante de trahison ? Dans une armée qui fut le socle de la prise de pouvoir, l’apparition de fractures internes pourrait s’avérer plus dangereuse qu’un ennemi extérieur.

Pour l’instant, Bamako reste silencieuse, et les familles des détenus dans l’angoisse. Mais dans les cafés de la capitale, la rumeur enfle : la junte, qui promettait unité et redressement, doit désormais se battre… contre ses propres fantômes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *