Il fut un temps où l’opposition ivoirienne prétendait incarner une voix forte, claire, distincte. Aujourd’hui, elle ressemble à une radio sans fréquence. On entend des grésillements, des éclats de voix, parfois un slogan, mais sans jamais diffuser une vision ou un projet structuré pour la Côte d’Ivoire.
Entre chocs d’ego, objectifs brumeux et coalitions de hasard, chacun prend la parole sans vraie conviction, tant les intérêts s’opposent plus qu’ils ne convergent.

Le PDCI, véritable transistor capricieux, change de canal au gré de la météo politique. Un jour calé sur la CAP-CI, le lendemain soudé au PPACI, sans le moindre signal d’alerte. Il ne prévient pas, il bascule. Parce que ses priorités ne sont plus dans la fidélité, mais dans le calcul.

Dans ce vacarme, Charles Blé Goudé s’est étonné. Tidjane Thiam aurait quitté la CAP-CI sans prévenir, comme si l’onde avait été coupée en pleine alerte.
Mais au fond, peut-on vraiment reprocher à une girouette de tourner avec le vent ?

Simone Gbagbo, elle, sur le départ de Thiam, juste une interférence de plus sur une onde déjà brouillée.
Pas un mot de trop, pas une grimace. Elle constate, sans insister. Comme on fixe un écran noir en sachant qu’il ne se rallumera plus. Même l’indignation, chez elle, semble avoir coupé le son.

Affi N’Guessan, toujours réglé sur sa fréquence favorite : celle de l’échec en boucle. Il parle, propose, attend, mais personne ne capte. Son signal se perd dans le vide, comme un vieux poste s’entêtant à diffuser une station oubliée. Il est là, fidèle au rendez-vous, mais ignoré comme un fond sonore qu’on ne songe même plus à couper.

Le PPACI, lui, ravi d’avoir enrôlé un nouveau partenaire, fait mine d’oublier qu’il voyait en Tidjane Thiam, hier encore, un technocrate importé, coupé des réalités ivoiriennes.

Un micro ouvert dans le vide

Le problème n’est pas l’absence de voix, mais le vacarme de propos qui évitent soigneusement l’essentiel.
Chaque leader change de fréquence à sa guise, sans coordination, sans préavis, comme si parler seul suffisait à exister.

Le PDCI, fidèle à ses virages silencieux, glisse d’une alliance à l’autre en laissant derrière lui ses principes comme des papiers froissés.
Le PPACI, lui, accueille sans sourciller, oubliant opportunément ce qu’il disait la veille de Tidjane Thiam.
Pendant que la scène se rejoue, le peuple, lui, reste hors champ, hors onde, hors antenne.
A force de se parler sans s’écouter, de se critiquer sans se comprendre, chacun finit par débattre avec son miroir.
L’un crie à la trahison, l’autre assume la sortie, et tous se proclament incarnation de l’alternative.
Mais que vaut une alternative qui change de forme à chaque carrefour ?

Cette opposition effraie plus qu’elle ne rassure. Elle s’agite, se disperse, se brouille elle-même. Elle ne suggère rien, elle réagit. Elle n’émet pas un projet, elle renvoie un écho.

Elle est devenue ce qu’elle dénonce : une radio sans fréquence. Une machine à bruit. Sans cap, sans audience, sans portée.
Pire encore, elle semble s’en accommoder.
Elle remplace la clarté par le vacarme.
Le fond par l’écho.
La confusion par la pluralité. Le clash par la conviction. Dans ce concert désaccordé, le micro reste ouvert, mais dans le vide.

Kalilou Coulibaly, Doctorant EDBA, Ingénieur

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