
Les allégations de Tidjane Thiam, comparant son poste de CEO de Crédit Suisse ou d’une entreprise du classement des 500 plus grandes au monde à celui de Directeur Général Adjoint du FMI, méritent d’être rectifiées.
Cette comparaison n’est pas seulement bancale, elle trahit une profonde confusion des rôles, ou un art consommé de l’approximation flatteuse.
Un CEO privé répond à des logiques de rentabilité trimestrielle, de dividendes à maximiser et de cours boursiers à surveiller. Sa mission est d’optimiser la performance d’une entité privée pour des actionnaires.
Il vend des produits, conquiert des marchés, réduit des coûts.
Sa temporalité est courte, ses décisions orientées par la pression des chiffres.
Le DGA du FMI, lui, agit dans un tout autre registre. Il ne vend rien. Il stabilise. Il ne cherche pas à maximiser, mais à prévenir l’effondrement d’économies entières.
Il négocie avec des gouvernements, structure des plans de sauvetage, surveille les équilibres macroéconomiques mondiaux.
Il travaille avec des budgets souverains, des indicateurs de pauvreté, des taux de change volatils.
Là où un CEO calcule un retour sur investissement, le DGA évalue les risques de famine, d’émeutes sociales, ou de déstabilisation régionale.
Là où certains spéculent, d’autres stabilisent
La crise financière de 2008 illustre parfaitement ce contraste.
Tandis que les banques privées s’écroulaient sous le poids de leur propre cupidité, c’est le FMI qui fut appelé à la rescousse, non pour spéculer, mais pour réparer.
Le FMI, sous la houlette de ses dirigeants, a permis d’éviter le chaos en Grèce, en Irlande, au Portugal. Il n’a pas jonglé avec des bilans. Il a empêché des États de sombrer.
Alassane Ouattara n’a peut-être jamais dirigé une banque privée, mais il a dirigé des sauvetages nationaux, et mondiaux en Afrique, en Europe de l’Est, en Asie, etc.
Réduire ce rôle à une formalité de simple fonctionnaire international , comme le fait Tidjane Thiam dans son échange avec Alain Foka, relève moins de l’analyse que du déni commode, bien répandu dans les couloirs de la finance privée, où la mémoire s’adapte souvent aux ambitions personnelles .
Un gestionnaire d’espérance, pas de dividendes
Non, ce poste n’a jamais été une sinécure.
C’est un champ de tensions économiques qu’il faut maîtriser avec lucidité et fermeté. Tandis que certains spéculaient ou masquaient les signes de leur propre chute, Alassane Ouattara était au front, relevant des pays au bord du précipice.
Comme le résumait Michel Camdessus : « Le FMI ne gère pas de comptes clients. Il gère des espérances collectives. »
Alassane Ouattara ne fut pas un technocrate de couloir. Il fut un gardien du possible, un diplomate du réel, un stabilisateur d’économies en péril.

Kalilou Coulibaly, Doctorant EDBA, Ingénieur






























