Par De Diamant Wattara

Temps de lecture 3 minutes.

Ce week-end, Pékin a réuni à Tianjin une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement — dont la Russie, l’Inde, l’Iran et des dirigeants d’Asie centrale — pour le sommet annuel de l’Organisation de coopération de Shanghai (SCO). L’optique était claire : afficher une alternative multilatérale à l’ordre international centré sur l’Occident, critiquer le « hégémonisme » et proposer davantage de coopération économique, technologique et sécuritaire entre pays du « Global South ».

Qui pèse quoi — économie et puissance militaire (aperçu synthétique)

Quelques chiffres aident à mesurer l’influence réelle des principaux protagonistes présents :

Chine — deuxième économie mondiale en nominal (≈ 19 230 milliards USD selon le FMI) et investisseur majeur en infrastructure, elle apporte le poids économique le plus lourd au sommet et un pouvoir d’attraction financier et technologique.

Inde — quatrième économie mondiale en termes nominaux (≈ 4 190 milliards USD selon le FMI) ; démographie, marché intérieur et IT font de Delhi un moteur de croissance incontournable.

Russie — malgré les sanctions et un ralentissement attendu, reste une grande économie (≈ 2 080 milliards USD) avec un poids militaire et énergétique hors norme.

Turquie — puissance régionale, pont entre Europe et Asie, avec un PIB de l’ordre de 1–1,4 mille milliards USD (sources FMI / Banque mondiale selon le cadrage temporel) ; diplomatie active (Méditerranée, Caucase, Afrique).

Côté militaire, la région rassemble plusieurs armées parmi les plus importantes au monde : la Chine, la Russie et l’Inde figurent dans le haut des classements mondiaux (dépenses et capacités). Les rapports SIPRI et les classements publics montrent une augmentation record des dépenses militaires mondiales en 2024, la Chine et la Russie parmi les plus gros postes derrière les États-Unis. Cela donne à la plateforme un pull stratégique non seulement économique mais aussi défensif/idéologique.

Géopolitique : pourquoi ce rassemblement importe

Le sommet n’est pas seulement une photo d’amitié entre chefs d’État ; il vise à :

1. Institutionnaliser des alternatives (projets de banques, corridors, partenariats technologiques) qui réduisent la dépendance aux structures financières occidentales. Des initiatives BRICS et SCO récentes ont créé de nouveaux mécanismes de financement et de coopération.

2. Offrir un bloc de négociation sur les règles commerciales, l’IA, l’énergie et la sécurité, capable de peser sur les décisions internationales (ONU, normes technologiques, chaînes d’approvisionnement).

3. Envoyer un signal politique — posture commune contre « leçons unilatérales » (sanctions, surtaxes) et défense d’un multilatéralisme perçu comme plus favorable aux pays en développement.

Ces dynamiques ne signifient pas l’effacement de l’Occident — elles traduisent plutôt une concurrence structurée entre modèles (alliances économiques, standards technologiques, routes d’approvisionnement alternatives).

Que gagne l’Afrique ?

L’Afrique est au cœur de l’ambition de ces puissances pour plusieurs raisons concrètes : ressources, marché, position géostratégique, et client pour infrastructures. Voici les gains potentiels — et les mises en garde :

Gains possibles:

Investissements directs et projets d’infrastructure : routes, ports, énergie, télécoms — souvent plus rapides à conclure que les financements occidentaux classiques. Pékin et d’autres partenaires offrent des crédits, contrats de construction et partenariats industriels.

Diversification des partenaires commerciaux et financiers : accès élargi aux marchés asiatiques et eurasien ; possibilités de troc, de monnaies alternatives et de financements hors système SWIFT selon certains projets (BRICS/systèmes de paiement).

Transfert technologique et coopération en IA / numérique : accords bilatéraux sur l’agriculture, la santé, la formation technique et l’IA annoncés dans le cadre des rencontres multilatérales peuvent favoriser montée en compétence locale.

Poids diplomatique accru : États africains peuvent exploiter la compétition entre grandes puissances pour obtenir conditions et investissements meilleurs.

Risques et limites:

Endettement et dépendances : prêts rapides peuvent se traduire par conditions contraignantes si la gouvernance et l’analyse de viabilité ne suivent pas.

Alignements géopolitiques :

s’engager fortement d’un côté peut réduire l’espace de manœuvre avec d’autres partenaires (Occident, multilatéraux).

Qualité et durabilité des projets : la rapidité ne garantit pas toujours durabilité environnementale ou bénéfice local maximum.

Le sommet de Tianjin illustre que le monde se réorganise en pôles multiples : économique (Chine, Inde), énergétique & militaire (Russie), régionaux influents (Turquie, Iran, États centraux). Ces plates-formes offrent à l’Afrique de nouvelles opportunités concrètes — financement, marchés et technologies — mais exigent une stratégie africaine exigeante : négociation ferme, audits indépendants, renforcement des capacités locales et diversification des partenariats pour éviter dépendances et risques.

 

Wattara De Diamant
Think Tank Analyst, international business facilitator, soldat ADN (Armée du Net) ,…
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