
Le rapport de l’IRI, bricolé à la hâte entre le 22 et le 26 septembre, ressemble davantage à un tour de magie mal exécuté qu’à une véritable expertise.
En quatre jours seulement, ses prétendus « experts » se sont crus capables de passer au crible tout le processus électoral ivoirien, qui s’est pourtant déroulé d’octobre 2024 jusqu’à la validation finale des candidatures par le Conseil constitutionnel, le 8 septembre 2025. Une telle démarche relève moins de la science que du cabinet de curiosités.
Car une élection, dans un pays de plus de 30 millions d’habitants, ne se résume pas à une recette instantanée. Elle repose sur des rouages administratifs complexes, des contestations juridiques et des étapes successives de validation, inscrites dans un calendrier précis.
L’IRI a opté pour la facilité, troquant la rigueur contre la légèreté intellectuelle. Au final, il en ressort une analyse au parfum de « fast-food » : expédiée, simplifiée, mais habillée des atours trompeurs d’une expertise aboutie.
Vincent Toh Bi, la reference des experts mafieux
Plutôt que de confronter les faits ou de croiser les sources, l’IRI s’est mué en scribe complaisant, recopiant servilement les jérémiades d’un ex-préfet en mal de scène.
Toh Bi devient non plus un simple interlocuteur, mais la matrice même du rapport. Un candidat recalé transformé en oracle, dont chaque cri est sacralisé en vérité.
Aucune observation personnelle, aucune analyse de données primaires.
l’IRI n’a fait que jouer au ventriloque, répétant mécaniquement ce que Vincent Toh Bi lui dictait.
La réduction grossière de la voix du peuple
Le sommet du ridicule est atteint avec la fameuse marche de l’opposition. Des militants vociférants sur une distance de 1500 mètres est soudain érigé en « expression des Ivoiriens ». Quelques banderoles deviennent l’oracle d’une nation entière.
La rhétorique de l’IRI ne décrit pas les faits, elle les défigure. Une minorité devient une majorité. Un slogan devient vérité historique. Tout cela avec la bénédiction d’une méthodologie aussi consistante qu’une bulle de savon.
Le plus savoureux, c’est l’invocation vague d’« entretiens avec des acteurs politiques, des observateurs locaux et la société civile ».
On ne saura jamais qui a été interrogé, où, ni comment. La logistique seule rend ce récit absurde. Parcourir des régions entières, croiser des données, vérifier des sources en quatre jours, il fallait sans doute une escadrille de clones ou une armée de médiums. Mais qu’importe, la formule a l’air sérieuse et c’est bien cela qui compte.
Des recommandations recyclées
Quant aux recommandations, elles brillent par leur banalité. On y retrouve les éternels couplets sur la « transparence », « l’audit externe » et le « dialogue inclusif ». Le même répertoire éculé, répété depuis deux décennies, que l’on recycle inlassablement pour distribuer des leçons toutes faites aux Africains.
Aucun chiffre, aucune prise en compte des réalités concrètes. Seulement des slogans creux, des vœux pieux, emballés dans un jargon pompeux. Ce qui pourrait prêter à sourire si l’opération n’était pas, au fond, une manœuvre grossière.
Un torchon qui caricature la démocratie
En fin de compte, ce rapport n’est ni une observation ni une analyse. C’est une mise en scène. Derrière des phrases étouffées, on sent la plume trempée dans l’encre du discrédit, avec pour mission de salir le pouvoir en place et de donner un vernis pseudo-scientifique aux narratifs de l’opposition.
C’est moins une étude qu’un torchon habillé en costume-cravate, une pièce de théâtre d’ombres où l’on confond agitation de rue et volonté populaire, plainte individuelle et vérité nationale.
Bref, l’IRI n’a pas évalué le processus électoral ivoirien, il l’a caricaturé. Il n’a pas produit un rapport, mais un pamphlet. Et en voulant analyser la démocratie ivoirienne, il en a surtout offert une caricature grotesque, digne des officines de fabrication de soupçons qui confondent mensonge et expertise.

Kalilou Coulibaly, Doctorant EDBA, ingénieur
































