
Depuis plus de vingt ans, la Côte d’Ivoire porte ses blessures que l’on maquille du nom élégant de « fractures sociales ». Pour les apaiser, l’on a inventé la réconciliation nationale. Une idée séduisante en théorie, mais rapidement devenue un mécanisme stérile, comme en témoignent les retours incessants des mêmes divisions. Aristote le soulignait déjà : ce qui fonde la cité, ce ne sont pas des pardons à répétition, mais la célébration d’un lien commun. Exit les câlins, place à la loi. Il est temps de remplacer ce fonctionnement symbolique par un fonctionnement où l’Union est une exigence de l’institution démocratique de l’État : contraignant, armé juridiquement et assumé politiquement. La réconciliation regarde dans le rétroviseur. L’union, elle, fixe l’horizon. Il s’agit d’un chantier sérieux. Pas de discours creux ni de petits gestes pittoresques, mais une institution qui impose le respect de la République. Discours clivants : stop aux slogans à l’emporte-pièce. La mission pour changement est de traquer et neutraliser les discours qui empoisonnent le pays tels que : « Défiance ouverte envers l’autorité constitutionnelle », « On ne nous efface pas », « Le peuple contre le système », et bien d’autres. Autant de slogans qui dressent des tranchées idéologiques et attisent le ressentiment au lieu de nourrir la communion. La critique légitime n’est pas en danger, mais les manipulations identitaires et les invectives haineuses devront passer à la caisse morale et juridique. Urgence politique : quand la comédie remplace le débat. La scène politique ivoirienne s’est transformée en comédie tragique : décisions de la Cour tournées en dérision, candidatures extravagantes au mépris des règles, accusations de fraude sans preuves, et mise en scène dramatique de l’irrecevabilité ou du déni de l’autorité .
Dans ce brouhaha, le citoyen n’est plus guidé par un récit commun, mais sommé de choisir entre deux dogmes irréconciliables. Le mécanisme de l’union prôné ici, serait le gendarme du discours et l’éducateur du civisme pour, encadrer la parole. Promouvoir l’histoire commune et mettre en lumière des figures citoyennes exemplaires. Éviter les simples mots doux. Il faut des fondations solides pour une démocratie qui ne vacille pas. En somme, la réconciliation soigne les cicatrices, mais l’union construit l’avenir.
La Côte d’Ivoire n’a plus besoin de symbole ou d’institution qui fait joli dans le protocole.
La Côte d’Ivoire a besoin d’une institution capable de neutraliser les artisans du chaos verbal et d’imposer la loyauté républicaine.
Sans elle, la démocratie risque de rester un simple théâtre où chacun joue pour soi, comme le montre tristement la scène actuelle.

Kalilou Coulibaly, Doctorant EDBA, Ingénieur































