
La récente intervention de Charles Blé Goudé sur le plateau de La Quotidienne de NCI fonctionne comme un révélateur brutal.
Elle met en évidence, sous l’éclat impitoyable d’une mise en accusation maîtrisée, une mécanique politique héritée des vieilles monarchies. Celle où l’on sous-traite les fautes, manipule les loyautés comme de simples accessoires, et enfouit les vérités jusqu’au jour où elles deviennent stratégiquement utiles .
Nady Bamba, paratonnerre officiel, et gardienne des ombres
Dans le récit de Blé Goudé, Nady Bamba endosse opportunément le rôle de paratonnerre officiel, gardienne du seuil et vigile implacable d’un parti, le PPA-CI, qui n’a plus de façade que le nom.
Elle serait l’architecte invisible d’ingérences, la voix souterraine qui distribue sanctions et excommunications, celle qui transforme une résistance politique (siège), en château privé où l’accès se négocie au mépris de la hiérarchie partisane.
Laurent Gbagbo : déléguer le péché, conserver la bénédiction
Sur le plan analytique, toute cette affaire renvoie à une personnalisation extrême du pouvoir, bien connue dans les systèmes où la loyauté personnelle l’emporte sur la logique institutionnelle. C’est précisément ce climat de pouvoir concentré et de fidélités ambiguës, que Blé Goudé choisit de dévoiler, avec un sens du timing presque chirurgical.
Sa prise de parole intervient au moment exact où le PPA-CI vacille : les cadres murmurent, les militants doutent, les législatives attisent les ambitions. Dans ce contexte chargé, il surgit avec la précision d’un tireur d’élite, posant son récit comme une pièce officielle dans un dossier déjà lourd. Et il le sait : chaque élément du contexte politique renforce l’idée que les faits ont bel et bien existé, et que Laurent Gbagbo, malgré l’écran de son entourage, agit d’abord selon la boussole de ses propres intérêts. Les interventions bruyantes de Siriki Konaté et autres protagonistes ne parviennent aucunement à contredire cette réalité.
Blé Goudé, le stratège qui revient au centre du jeu
L’analyse politique montre un mécanisme classique : lorsqu’un leadership vieillit, l’entourage se radicalise, la cour se crispe, et l’accès au prince devient une arme.
Blé Goudé, en bon stratège, sait exactement ce qu’il fait. Sa prise de parole n’a rien d’un emportement. C’est une manœuvre réfléchie. Il ne divulgue que ce qu’il peut assumer devant n’importe quelle juridiction. Certes, il rompt un silence lourd, mais surtout, il ébranle les certitudes et fragilise les lignes internes.
Par ce mouvement, il se replace au centre du jeu, en possible arbitre d’une gauche fracturée, ancien bouc émissaire devenu témoin décisif.
Surtout satire oblige, il laisse flotter l’idée qu’il détient encore d’autres munitions. Comme ces généraux qui n’exhibent que la moitié de leur arsenal, juste assez pour rappeler qu’ils en ont un.
En somme, cette intervention n’est pas une confession : c’est une démonstration. Une démonstration que, dans la fabrique politique ivoirienne, certains délèguent le péché pour conserver la bénédiction… mais qu’un jour, le péché finit toujours par parler. Et parfois, il parle en direct à la télévision.

Kalilou Coulibaly, Doctorant EDBA, Ingénieur
































