
Artiste chanteur, reggae maker, Benjamin Routikal, fait de plus en plus parler de lui grâce à « Marahoué Root Reggae », un album discographique dont les mélodies prennent racine dans le vaste patrimoine culturel gouro. Dans cet entretien il nous présente ce savoureux cocktail de sonorités reggae aux douces senteurs de la Marahoué.

Vous avez récemment mis sur le marché l’album « Marahoué Root Reggae ». Quelle signification donner à ce titre ?
C’est d’abord identifier mon reggae et montrer l’origine de l’artiste que je suis. « Marahoué Root Reggae » pour dire aux uns et aux autres que c’est un reggae qui vient de la Marahoué.
Et qu’est-ce qui est typique justement dans votre reggae ?
Ce sont les sonorités et les vibrations de la Marahoué. Les sonorités du peuple gouro. Nos chansons sont unanimement reconnues en Côte d’Ivoire comme ayant des mélodies spécifiques, voire singulières. Généralement, nos couplets sont aussi des refrains. Tout comme la musique du terroir gouro, mon reggae se distingue par ses mélodies.
A notre connaissance, il n’y a pas beaucoup d’artistes gouro qui font du reggae. Les chansonniers et ceux qui font de la variété ou du tradi-moderne sont assez réputés. Comment alors expliquez-vous ce choix … est-ce votre côté rastafari ?
Non. C’est pour positionner la région dans tous les genres musicaux, parce que dans la Marahoué… si c’est le folklore nous en sommes réputés. Certains zouglou-men viennent de la Marahoué. Mais dans le milieu du reggae il y a comme un vide à combler. C’est cette mission-là que je me suis donnée.
L’on vous classe au nombre des figures montantes du reggae en Côte d’Ivoire…
Je suis dans le monde du reggae depuis 2000. J’ai commencé par les singles, malheureusement passés quelque peu inaperçus. « Marahoué root reggae » est officiellement mon premier album et il se comporte bien.
Avec combien de chansons ?
Huit (08) chansons au total.
Lesquelles ?
Il y a « Kaa goha », qui veut dire : engageons-nous ; allons-y. Il y a « Mambele » qui veut dire : mon expérience. Voilà, il y a « Ma prière » ; « Tu veux nous blaguer » ; « Le résistant gouro ». Il y a aussi « Mia blamia » qui veut dire : Nous ne sommes que des humains, mais parmi nous les humains, il y a des hommes. Il y a « Itoh » qui signifie la renommée. Dans cette chanson j’attire l’attention sur le fait que quand tu commences à avoir de la renommée, il faut faire beaucoup attention et savoir rester humble, garder la tête sur les épaules.
L’on sent beaucoup de spiritualité dans vos compositions. A quoi cela est-il dû ?
Comme Bob Marley le disait : « il faut chanter ce que tu as vécu et il faut vivre ce que tu chantes ». Moi je chante ce que j’ai vécu. Voilà, c’est mon expérience, c’est ma vie que je chante. Parce que je viens de loin ; que j’ai beaucoup souffert. C’est Dieu qui était ma consolation. Celui en qui je me confiais. Donc mes chansons sont des pleurs intérieurs.
Quel est le rapport entre votre musique et le rastafarisme ?
Le reggae est identifié ou perçu à tort ou à raison comme la musique des rastas. Aujourd’hui beaucoup d’hommes le font mais qui ne sont pas rastas. Dans le reggae, il y a trois branches : la revendication, la dénonciation et la consolation. Bob Marley avait la maestria de faire les trois. Quand tu écoutes les morceaux de Bob Marley comme « One love » ou « No woman no cry », c’est la consolation. Mais en même temps il avait des chansons de revendication et des chansons de dénonciation.
En effet…
Comme j’ai beaucoup souffert, j’ai opté pour la consolation. Il faut apaiser.
Une chanson telle que « Tu veux nous blaguer », évoque plutôt la revendication n’est-ce pas ?
Oui, « Tu veux nous blaguer » c’est quelque part de la revendication.
Et « Le résistant gouro » ?
C’est aussi une revendication. Parce qu’en Côte d’Ivoire, nous avons vécu les travaux forcés et d’autres maux. Certains peuples ont été en première ligne de la résistance. On parle par exemple du peuple Abbey (avec Kadjo Amangoua), du peuple Abouré… Mais en réalité dans chaque peuple il y a eu au moins un résistant. Alors concernant la Marahoué, je parle aux Ivoiriens du résistant peu connu de beaucoup d’hommes qu’on appelait Badiéglô. C’était Sêraiblabédon, mais le nom que les Blancs connaissait c’était Badiéglo. C’est comme un devoir de mémoire.
Pouvez-vous revenir sur la signification de la chanson « Kaa Goha » qui est remixée ?
Dans ce morceau, je m’adresse un peu à la nouvelle génération qui n’écoute pas souvent le conseil des personnes âgées. Parce que pour eux les anciennes personnes sont nées anciennes. Or les conseils des anciens s’appuient généralement sur leur propre vécu. C’est la somme de leurs expériences. Alors s’exhorte les jeunes à écouter les anciens car quand un ancien te parle, prends la peine de l’écouter parce que si tu ne l’écoutes pas, demain tu en subiras les conséquences. Donc je dis à la jeunesse de faire beaucoup attention. Si tu as la chance d’avoir un conseiller rends gloire à Dieu.
Dans le milieu du reggae ou de la musique en général, y a-t-il des artistes que vous aimez écouter particulièrement ?
En Côte d’Ivoire, celui que j’aime beaucoup c’est Beta Simon. J’aime sa vibration, j’aime sa manière d’imposer, de faire passer le baïssadé. Il chante dans son patois. Ce n’est pas facile. Tu ne sais pas si les mélomanes vont apprécier et acheter mais tu t’imposes à eux. C’est la bonne démarche. Sur le plan international, j’aime beaucoup Peter Tosh parce que, pour moi le meilleur reggae-man c’est Peter Tosh.
Quelle est l’importance selon vous, de chanter dans votre langue maternelle ?
Oumou Sangaré chante seulement en Bambara mais elle fait le tour du monde. Ce n’est pas chanter en anglais ou en français qui vous propulse sur la scène internationale. Concentre-toi sur ton patois et fait de sorte que les gens adorent écouter ton patois. Il faut amener les gens à se poser des questions sur ce que tu dis. Quand le message est trop facile à comprendre, il n’y a pas de mystère. Mais quand on se demande : cette chanson me plait bien, mais qu’est-ce qu’elle dit ? Là, c’est encore plus intéressant, selon moi.
Benjamin Routikal, en dehors de la musique faites-vous autre chose ?
Je suis artisan.
Plus exactement ?
Je suis dans les perles. Je fais des bracelets, des colliers. Je fais tout ce qui est rattaché à la perle.
C’est une activité rentable ?
Oui, on rend gloire à Dieu. Comme Jah l’a dit : fais quelque chose et puis, lui, il va bénir. Il bénit toujours.
Si vous aviez un message à livrer aux mélomanes, que vous leur diriez-vous ?
D’abord, qu’ils écoutent, qu’ils adoptent l’artiste parce que c’est une nouveauté. Voilà. Ils ont connu des reggae-men de quasiment chaque région de la Côte d’Ivoire. Je leur offre un nouveau reggae qui vient de la Marahoué avec les vibrations et les sonorités de la Marahoué. L’être humain a généralement peur de l’inconnu. Je pense néanmoins que c’est lorsqu’on ne sait que l’on cherche à découvrir. J’invite donc les mélomanes à découvrir l’album.
Peut-on vous considérer comme un ambassadeur de la Marahoué, du pays Gouro ?
Tout à fait, parce que je me considère comme étant aussi en mission pour la promotion de la culture africaine singulièrement valorisation de la culture gouro.
Entretien réalisé par
Any Bi-Fama de Gnagnoufla












Félicitations à toi mon frère Jah te donne l’énergie nécessaire pour bien mené ta mission bon vent à toi 🙏🙏🙏