Depuis le lever du premier croissant de lune annonçant le Ramadan, un rituel discret mais profondément humain s'est installé dans la rue 38 de Treichville.
Depuis le lever du premier croissant de lune annonçant le Ramadan, un rituel discret mais profondément humain s'est installé dans la rue 38 de Treichville. Chaque soir, à l'heure où le soleil décline et que les fidèles musulmans attendent l'appel à la prière pour rompre leur jeûne, une silhouette familière se déploie avec une détermination silencieuse : celle de Mariam Cissé épouse Traoré.
Sans tambour ni trompette, cette femme au cœur immense transforme quotidiennement cette ruelle animée en oasis de partage. Des marmites fumantes, des bols de riz, des assiettes de sauce, des pains avec sardine – chaque détail est préparé avec une minutie qui trahit l'amour sincère qu'elle porte à son prochain. À ses côtés, dame Kacou Amah Germaine, Conseillère Municipale de la Commune de Treichville, apporte son soutien indéfectible, tissant ainsi un pont entre l'action citoyenne et l'engagement institutionnel.
Ce qui frappe dans cette initiative, c'est son caractère œcuménique silencieux. Dans la file d'attente qui s'étire le long du trottoir, musulmans et chrétiens se côtoient sans distinction. Les uns rompent leur jeûne de Ramadan, les autres observent leur Carême – mais tous partagent le même pain, la même eau, la même dignité retrouvée. Mariam Cissé ne fait pas de différence entre les confessions ; pour elle, la charité n'a pas de frontière.
« Je ne suis pas une héroïne », murmure-t-elle avec humilité, les mains encore marquées par les brûlures des casseroles. « Je ne fais que ce que mon cœur me dicte. »
Dans cette rue 38 où passent chaque jour des centaines de travailleurs, des étudiants pressés, des commerçants harassés, des personnes économiquement faibles, son geste simple devient une révolution silencieuse. Car dans une société où l'individualisme gangrène trop souvent les relations humaines, choisir de s'arrêter, de cuisiner, de servir – jour après jour, sans attendre de reconnaissance – relève d'une grandeur d'âme rare.
Les bénéficiaires, souvent gênés au début, finissent par accepter avec gratitude ce repas offert. Un sans abri se confie : « Sans Madame Mariam, je resterai le ventre vide. Elle ne sait pas à quel point son geste change ma journée. » Une mère de famille ajoute : « Elle nous rappelle que nous ne sommes pas seuls dans cette ville. »
Ce qui rend cette initiative encore plus précieuse, c'est sa régularité. Ce n'est pas un coup d'éclat médiatique, mais un engagement quotidien, répété avec la même ferveur depuis le début du mois sacré. Chaque matin, Mariam se lève aux aurores pour faire les courses, cuisiner, organiser. Chaque soir, elle distribue avec le même sourire, la même bienveillance.
À Treichville, on murmure déjà que cette « l'ange de la charité » – comme l'a surnommée les habitants de la l'avenue 38 – inspire d'autres initiatives similaires dans les rues voisines. Son exemple démontre qu'un seul individu, animé par la compassion, peut transformer son quartier en un lieu de fraternité.
Alors que le muezzin appelle à la prière et que les cloches des églises résonnent au loin, la rue 38 devient le symbole vivant d'un vivre-ensemble authentique. Et dans chaque bol servi par les mains généreuses de Mariam Cissé, on peut lire une promesse silencieuse : celle d'une humanité qui choisit chaque jour d'aimer son prochain comme elle-même.
Inza CAMARA
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