« La terre ne peut tolérer deux soleils, ni l’Asie deux rois. » Cette pensée attribuée à Alexandre le Grand traverse les siècles avec une étonnante actualité. Elle rappelle qu’au sommet de l’État, l’autorité ne se partage jamais véritablement.

« La terre ne peut tolérer deux soleils, ni l’Asie deux rois. » Cette pensée attribuée à Alexandre le Grand traverse les siècles avec une étonnante actualité. Elle rappelle qu’au sommet de l’État, l’autorité ne se partage jamais véritablement. Deux coqs ne chantent pas sur le même toit. Et l’histoire politique contemporaine vient encore d’en offrir une illustration saisissante avec la rupture désormais consommée entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye.

Le vendredi 22 mai marque un tournant majeur dans l’histoire récente du Sénégal. Celui qui apparaissait comme l’architecte de l’accession au pouvoir du PASTEF a été brutalement ramené à une réalité institutionnelle implacable : dans une République, il n’existe qu’un seul détenteur de l’autorité suprême. Et ce détenteur, depuis l’élection présidentielle, n’était plus Ousmane Sonko, mais bel et bien Bassirou Diomaye Faye.

Le paradoxe de cette chute réside dans le fait que Sonko lui-même avait façonné l’ascension de celui qu’il considérait autrefois comme son fidèle lieutenant. Empêché de concourir, affaibli par les démêlés judiciaires et porté par une ferveur populaire hors norme, il avait investi Diomaye comme l’homme du combat, le dépositaire de son projet politique, presque son prolongement naturel. Le peuple sénégalais avait alors vu dans ce tandem l’incarnation d’une nouvelle génération africaine capable de rompre avec les vieux schémas du pouvoir.


Mais une fois la victoire acquise, les lignes auraient dû changer.

Dans le jargon nouchi ivoirien, celui qui était le “bon petit” devait désormais devenir le “vieux père”. Autrement dit, le disciple devenu Président devait naturellement prendre la pleine mesure de son statut. Car l’onction populaire et la légitimité constitutionnelle transforment un homme. Le fauteuil présidentiel n’accepte ni tutelle ni ombre encombrante.

C’est précisément là que semble s’être installé le malaise. Ousmane Sonko, porté par son immense popularité et convaincu d’être le véritable moteur du pouvoir, aurait eu du mal à quitter le costume du chef incontesté. Son verbe offensif, sa présence omniprésente et son influence persistante dans les décisions politiques ont progressivement entretenu l’idée d’un pouvoir à deux têtes. Une situation rarement viable dans les régimes présidentiels africains.

À force de vouloir demeurer le centre de gravité du système, Sonko a peut-être oublié une vérité élémentaire du pouvoir : celui qui prête son ombre au roi finit toujours par inquiéter le palais.

Le divorce entre les deux hommes apparaît aujourd’hui comme l’aboutissement logique d’une rivalité silencieuse devenue impossible à contenir. Et cette fracture laisse un goût amer bien au-delà des frontières sénégalaises. Car beaucoup d’Africains voyaient dans l’expérience PASTEF l’espoir d’une gouvernance nouvelle, portée par une jeunesse audacieuse, patriote et réformatrice.

Au lieu de cela, le rêve d’un tandem révolutionnaire semble s’être heurté aux éternelles contradictions humaines : l’ego, l’ambition et la difficulté de partager la lumière.

L’histoire retiendra sans doute qu’Ousmane Sonko aura été l’un des principaux artisans de l’arrivée au pouvoir de Diomaye Faye. Mais elle retiendra également qu’entre le mentor et le Président, il fallait tôt ou tard choisir qui devait incarner l’autorité finale.

Et dans toutes les Républiques du monde, le peuple ne reconnaît qu’un seul soleil.


Thierry Adama