Après la mort de l'ayatollah Ali Khamenei lors d'une frappe israélienne au premier jour de la guerre, la question de sa succession agitait l'Iran. Dimanche, l'Assemblée des experts a finalement désigné son fils, Mojtaba Khamenei, comme guide suprême.

Après la mort de l'ayatollah Ali Khamenei lors d'une frappe israélienne au premier jour de la guerre, la question de sa succession agitait l'Iran. Dimanche, l'Assemblée des experts a finalement désigné son fils, Mojtaba Khamenei, comme guide suprême. Figure secrète de la République islamique, il est considéré comme l'une de ses personnalités les plus influentes.


Avant même la mort de son père, il était considéré comme l'un des favoris pour sa succession. Mojtaba Khamenei, fils du défunt guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, a accédé dimanche 8 mars au plus haut poste de la République islamique. Au prix d'un potentiel paradoxe : instaurer une dynastie théocratique de guides dans une République qui s'était pourtant construite en opposition avec la monarchie héréditaire des Pahlavi.

Auprès de son père, Mojtaba Khamenei occupait un rôle similaire à celui d'Ahmad Khomeini, fils du premier guide suprême d'Iran Rouhollah Khomeini, au sein du "Beit", le Bureau du guide suprême : "une combinaison d'aide de camp, de confident, de gardien du temple et de faiseur de rois", selon United Against Nuclear Iran, une organisation basée aux États-Unis. "Il y a assez peu de transparence dans ce que fait le 'Beit' et ses actions reposent sur beaucoup de jeux de pouvoir, de clientélisme. Jamais élu, Mojtaba Khamenei a été nommé à ce poste par son père, qui a souhaité s'entourer des plus fidèles. Des critiques le considèrent comme un personnage corrompu qui bénéficie de sa place à la tête du Bureau du guide car il est le fils d'Ali Khamenei", expliquait Jonathan Piron, historien spécialiste de l'Iran pour le centre de recherche Etopia à Bruxelles, dans une interview à France 24 en 2022.

Selon les informations de Reuters, il aurait été présent dans les locaux du guide suprême lors de la frappe aérienne israélienne qui a tué son père. Sa femme, Zahra Haddad Adel, issue d'une famille longtemps associée à la théocratie du pays, y a aussi perdu la vie. Avec ces deux proches désormais considérés par les partisans de la ligne dure comme des martyrs de la guerre contre les États-Unis et Israël, la cote de Mojtaba Khamenei, âgé de 56 ans, a probablement grimpé auprès des clercs vieillissants de l'Assemblée des experts, forte de 88 religieux chiites, qui l'ont choisi comme le nouveau guide suprême du pays.

Parmi ceux qui pouvaient concurrencer le "fils de", il y avait notamment Alireza Arafi, membre du triumvirat qui assurait l'intérim du pouvoir, Mohammad Mehdi Mirbagheri, un représentant de l'aile la plus conservatrice du clergé chiite, ou encore Hassan Khomeini, petit-fils de Rouhollah Khomeini.

Celui qui était dépeint comme un sérieux concurrent, Ebrahim Raïssi, est mort dans un accident d'hélicoptère en 2024, laissant un boulevard à Mojtaba Khamenei.

Un homme de l'ombre et de réseau
Né en 1969 dans la ville de Machhad, dans le nord-est du pays, environ dix ans avant la révolution islamique de 1979, Mojtaba Khamenei grandit alors que son père milite contre le chah Mohammad Reza Pahlavi.

Après la révolution islamique, la famille Khamenei s'installe à Téhéran. Mojtaba Khamenei sert avec le bataillon Habib ibn Mazahir, une division des Gardiens de la révolution, lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak. Une division dont plusieurs membres vont accéder à de puissants postes dans le renseignement au sein de l'organisation, probablement avec le soutien de la famille Khamenei, selon AP.

Avec l'accession de son père au poste de guide suprême en 1989, Mojtaba Khamenei et sa famille peuvent bénéficier de la manne financière du régime.

Des qualifications théologiques en question
Son influence s’accroît parallèlement à celle de son père, au sein des bureaux de ce dernier, dans le centre de Téhéran. Des câbles diplomatiques américains publiés par WikiLeaks à la fin des années 2000 commencent alors à le désigner comme "le pouvoir derrière les toges". L'un d'eux relate une rumeur selon laquelle Mojtaba Khamenei aurait mis sur écoute le téléphone du guide suprême. Il est décrit comme le "principal gardien du temple".

Khamenei "est largement considéré au sein du régime comme un dirigeant et un gestionnaire capable et énergique qui pourrait un jour succéder à au moins une part de la direction nationale : son père pourrait aussi le voir sous cet angle", indique un autre câble de 2008, qui pointe par ailleurs son manque de qualifications théologiques et son âge.

Le manque de connaissances théologiques est une critique récurrente. Si le New York Times affirme que Mojtaba Khamenei, au moment de son élection, présente "toutes les qualifications religieuses requises d'un ayatollah", il ne disposerait en réalité que du titre de "hojatoleslam" (rang intermédiaire dans le clergé chiite) selon Al Jazeera. Or, d'après les critères définis par la Constitution, l'accès à la fonction suprême nécessite d'obtenir le rang d'ayatollah marja (ou "source d'imitation"), d'être à la tête d'un séminaire et de prouver de nombreuses années de pratique de l'enseignement religieux.

"Mojtaba est cependant, en raison de ses compétences, de sa richesse et de ses alliances inégalées, considéré par un certain nombre d'initiés du régime comme un candidat plausible pour une direction partagée de l'Iran lors du décès de son père, que ce décès soit proche ou dans plusieurs années", affirme le même câble diplomatique de 2008.

Déjà sous sanctions américaines
En 2019, les États-Unis le sanctionnent lors du premier mandat du président américain Donald Trump, lui reprochant de "faire progresser les ambitions régionales déstabilisatrices de son père et ses objectifs nationaux oppressifs".

Selon le Trésor américain, il travaille en étroite collaboration avec les Gardiens de la révolution, tant avec les commandants de sa force expéditionnaire Al-Qods qu'avec ses volontaires du Bassidj, accusés de la sanglante répression des manifestations de janvier.

Une enquête de Bloomberg publiée récemment fait état d'acquisitions immobilières à travers des sociétés-écrans à Londres, Francfort ou encore Dubaï. Selon le média, Mojtaba Khamenei a tissé un vaste réseau d'investissements occultes et lucratifs. 

l aurait également soutenu en coulisses l'élection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2005 et sa réélection contestée en 2009. Mahdi Karroubi, candidat malheureux à la présidence en 2005 et 2009, dépeint Mojtaba Khamenei en personnage issu du népotisme après ces supposées ingérences dans les élections. Son père aurait déclaré à l'époque que Mojtaba Khamenei était "un seigneur lui-même, pas le fils d'un seigneur".

Avec AP et Reuters