Il existe des histoires d’amour qui refusent obstinément de mourir. Pas parce qu’elles sont solides, non… mais parce que les deux protagonistes sont trop fiers pour admettre qu’ils se manquent.

Il existe des histoires d’amour qui refusent obstinément de mourir. Pas parce qu’elles sont solides, non… mais parce que les deux protagonistes sont trop fiers pour admettre qu’ils se manquent. Une sorte de romantisme têtu, version « je t’aime, moi non plus », mais sans bouquet de fleurs ni chansons de Serge Gainsbourg en fond sonore.

Dans le grand théâtre des passions humaines, il y a aussi les couples politiques. Et parmi les plus célèbres, on retrouve deux tourtereaux bien connus : le RHDP et le PDCI. Deux anciens amoureux, deux compagnons de route, deux enfants de la même grande maison idéologique : l’Houphouëtisme. Autrement dit, ils partagent les mêmes photos de famille… mais plus le même salon.
En 2019, le couple a officiellement pris une décision que même les voisins voyaient venir depuis longtemps : le divorce. Mais attention, pas un divorce de désamour idéologique. Non ! Plutôt une séparation du type : « chérie, tu n’as pas respecté le partage des rôles dans le foyer politique ». En clair, disputes sur la cuisine du pouvoir, la gestion du salon institutionnel et la répartition des clés de la maison République.

Depuis ce fameux divorce, chacun vit sa vie. Le RHDP a refait sa déco intérieure, le PDCI a gardé certains meubles anciens, et tous deux continuent de jeter un regard discret par-dessus la clôture. Parce qu’au fond… on ne quitte jamais vraiment son premier amour politique. On fait semblant.

Mais voilà que le destin, ce grand scénariste parfois cruel, a organisé une scène digne d’un film romantico-politique : les 80 ans du doyen des partis ivoiriens. Et devinez quoi ? Les deux ex se retrouvent sous le même toit. Oui, le PDCI reçoit. Oui, le RHDP est présent. Oui, les regards se croisent.

Et là… magie !

Les sourires reviennent. Les poignées de main deviennent un peu plus longues que prévu. Les souvenirs remontent à la surface comme un vieux vin qu’on croyait oublié. On se rappelle les combats partagés, les victoires communes, les meetings où l’on criait ensemble comme un vieux duo inséparable.
Certains observateurs, très romantiques, diront même : « L’ancien feu se rallume vite ». Et dans ces moments-là, même les militants deviennent poètes malgré eux.

Mais attention ! En politique comme en amour, les retrouvailles ne signifient pas toujours réconciliation immédiate. Il y a les “on se parle”, les “on verra”, les “c’est compliqué”, et surtout le fameux “chacun chez soi mais on reste en bons termes”.

Pourtant, dans les coulisses de ce grand théâtre ivoirien, une certitude flotte dans l’air comme un parfum familier : ces deux-là se recroiseront encore. Peut-être pas demain. Peut-être pas avec des fleurs. Mais tôt ou tard, les chemins de l’Houphouëtisme finissent toujours par faire des virages qui se rapprochent.

Et comme dans toute bonne histoire d’amour qui se respecte, même après le divorce, il reste toujours une question suspendue dans l’air :

Et si ce n’était qu’une pause… et pas une fin ?

Thierry Adama