Dans un entretien exclusif accordé au « Petit Salon de la Presse », le président de la Fédération Ivoirienne de Maracana et Disciplines Associées (FIMADA), également président de la Fondation internationale Trokaper-CFA et directeur de cabinet du président du Conseil régional du...
Dans un entretien exclusif accordé au « Petit Salon de la Presse », le président de la Fédération Ivoirienne de Maracana et Disciplines Associées (FIMADA), également président de la Fondation internationale Trokaper-CFA et directeur de cabinet du président du Conseil régional du Tonkpi, Jean Bleu Youan Charlemagne, revient sur son engagement social, l’évolution du Maracana en Côte d’Ivoire, les actions de solidarité dans le Tonkpi et les défis liés à la préservation du siège de la Fédération internationale de Maracana.
Gaël Bossiei: Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans « Le Petit Salon de la Presse ». Nous recevons aujourd’hui une personnalité de marque. Il s’agit du commissaire divisionnaire Bleu Charlemagne, ancien porte-parole de la Police nationale de Côte d’Ivoire, président de la Fondation internationale Trokaper-CFA et président de la Fédération Ivoirienne de Maracana et Disciplines Associées (FIMADA). Bonsoir, monsieur le Commissaire.
Bleu Charlemagne: Bonsoir cher frère. Merci pour cette invitation.
Gaël Bossiei : Aujourd’hui à la retraite, vous êtes engagé dans plusieurs responsabilités, notamment à la tête de la FIMADA et de la Fondation internationale Trokaper-CFA. Comment arrivez-vous à concilier toutes ces missions ?
Bleu Charlemagne: Je voudrais d’abord dire que je suis heureux de retrouver la presse, car elle et moi ne nous sommes jamais véritablement séparés. Certes, le 1er janvier 2023, le Gouvernement ivoirien m’a accordé un repos bien mérité après 38 années de service, mais je suis resté actif à travers mes différentes responsabilités.
J’ai eu l’honneur d’être le porte-parole de la Police nationale durant des périodes particulièrement sensibles pour notre pays, notamment pendant la crise sanitaire liée à la Covid-19 où nous étions au premier plan. Aujourd’hui, ces différentes activités demandent essentiellement de la méthode, de l’organisation et du management. Chaque journée est planifiée avec une fiche de tâches qui permet de suivre les priorités, d’évaluer ce qui a été accompli et ce qui reste à réaliser.
Gaël Bossiei : Parlons de la Fondation internationale Trokaper-CFA. Qu’est-ce qui a motivé sa création ?
Bleu Charlemagne: Cette fondation est d’abord née d’une histoire personnelle. Nous avons grandi dans un milieu modeste. Mon père était militaire à la retraite et ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale. Après son retour, il est devenu planteur. Ma mère était ménagère et matrone.
Nous avons grandi dans un environnement où la solidarité n’était pas un simple mot, mais une réalité quotidienne. À la maison, nous étions nombreux, parfois 40 à 45 enfants, entre ceux de la famille et ceux que mon père avait pris sous sa protection. Cette culture du partage est restée en nous. Aujourd’hui, avoir reçu certaines opportunités sans penser aux autres serait contraire à nos valeurs. La Fondation intervient principalement en faveur des sportifs, notamment ceux qui n’ont pas eu la chance de réussir une grande carrière. Beaucoup d’anciens athlètes nous ont fait rêver, mais se retrouvent parfois sans accompagnement après leur carrière.
Nous avons également une action en faveur des enfants issus de familles vulnérables, des personnes âgées et de toutes les couches sociales fragiles.
Gaël Bossiei : Concrètement, quelles sont les actions menées par votre fondation ?
Bleu Charlemagne: Nos actions vont de l’aide alimentaire à la construction d’infrastructures sociales. Cela peut être une aide ponctuelle avec des vivres, mais aussi la construction d’écoles ou l’appui aux centres de santé. Nous avons également lancé la caravane de Noël pour apporter de la joie aux enfants qui n’ont pas toujours la possibilité de recevoir des cadeaux. Une autre initiative importante concerne la caravane des examens. Depuis 2020, nous accompagnons les candidats aux examens à grand tirage, notamment le CEPE, le BEPC et le BAC, en leur offrant des repas pendant les épreuves. Cette idée vient d’une expérience vécue. À l’époque, certains camarades avaient échoué au CEPE simplement parce qu’ils étaient partis chercher à manger très loin pendant la pause et n’avaient pas pu revenir à temps pour reprendre les compositions.
Nous avons voulu éviter que cette situation se reproduise pour d’autres enfants.
Gaël Bossiei : Vous avez récemment tenu une assemblée générale. Quelles sont les grandes décisions prises ?
Bleu Charlemagne: Nous avons décidé de poursuivre notre développement au-delà du Tonkpi. Nous avons déjà construit deux écoles dans cette région : une à Guéinta, dans la sous-préfecture de Sangouiné, et une autre à Louanville, mon village natal. Nous avons également travaillé à la création d’un collège sport-études à San Pedro, précisément dans la sous-préfecture de Gabiadji, au village de Naboville. L’objectif est de permettre aux jeunes de concilier leur passion sportive et leur formation académique. Le sport ne doit pas être une cause d’abandon scolaire. Un jeune peut avoir du talent, mais une blessure peut interrompre une carrière. Sans formation intellectuelle ou professionnelle, il devient difficile de rebondir.
Gaël Bossiei : Comment se porte aujourd’hui le Maracana en Côte d’Ivoire ?
Bleu Charlemagne: Le Maracana se porte très bien. Nous sommes partis de quatre clubs reconnus en 2009 pour atteindre aujourd’hui 357 clubs affiliés. Nous avons des compétitions nationales régulières et nous organisons également des compétitions internationales. La Coupe du monde de Maracana organisée en Côte d’Ivoire en 2024 a été un moment historique. Notre pays a remporté le trophée devant 16 nations venues de quatre continents. Il faut rappeler que le Maracana est une invention ivoirienne. Il est né sur le campus de Cocody avant de se développer dans l’espace du Conseil de l’Entente, de la CEDEAO, puis dans le monde. Aujourd’hui, il est pratiqué sur plusieurs continents et la prochaine Coupe du monde se tiendra au Brésil en 2028.
Gaël Bossiei : Quels sont les défis actuels pour cette discipline ?
Bleu Charlemagne: Le principal défi concerne la préservation du siège de la Fédération internationale de Maracana en Côte d’Ivoire.
Notre pays a obtenu ce siège en 2015 face à Bruxelles et Rabat. Mais il reste des engagements à honorer, notamment la mise à disposition d’un siège et l’accompagnement financier nécessaire au fonctionnement.
Nous espérons que les autorités ivoiriennes accompagneront cette dynamique, car le Maracana représente une exception : c’est une discipline sportive inventée par la Côte d’Ivoire et exportée au reste du monde.
SOLIDARITÉ DANS LE TONKPI : « IL FAUT PRIVILÉGIER LE DIALOGUE »
Gaël Bossiei : Une polémique a récemment concerné les dons de vivres réalisés dans le Tonkpi. Que répondez-vous ?
Bleu Charlemagne: Nous ne sommes pas surpris par les débats, car toute action publique peut susciter des réactions. Mais il faut privilégier les critiques constructives.
La Semaine de la Solidarité a été initiée par le Conseil régional du Tonkpi pour venir en aide aux populations vulnérables. La région compte cinq départements, 33 sous-préfectures, neuf communes et 661 villages. Les besoins sociaux sont nombreux. Au total, ce sont 90 tonnes de vivres qui ont été distribuées, comprenant notamment du riz, de l’huile, du sel et du savon. Les bénéficiaires sont notamment les personnes handicapées, les veuves, les veufs, les orphelins et les personnes du troisième âge. Nous invitons simplement nos frères et sœurs à privilégier le dialogue et les critiques responsables. Les portes du Conseil régional restent ouvertes.
Gaël Bossiei : Quel message souhaitez-vous adresser pour conclure cet entretien ?
Bleu Charlemagne: Mon message s’adresse aux autorités ivoiriennes afin qu’elles accompagnent davantage le Maracana pour préserver le siège de la Fédération internationale. La Côte d’Ivoire doit continuer à porter cette invention sportive qui appartient à notre jeunesse et qui constitue aujourd’hui notre contribution originale au monde sportif.
Le Maracana est un héritage ivoirien. Nous devons tout faire pour le préserver.
Gaël Bossiei : merci, Monsieur Bleu Charlemagne, d’avoir accepté notre invitation.
Bleu Charlemagne: Merci à vous.
Entretien réalisé par Gaël Bossiei
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