Gbi de Fer, l’artiste comédien ivoirien, a troqué la scène pour la chronique politique. Une reconversion joliment réussie: de belle satire, des critiques acerbes fussent à tout vent. Nul n'est épargné, du moins les politiques de tout bord.

Gbi de Fer, l’artiste comédien ivoirien, a troqué la scène pour la chronique politique. Une reconversion joliment réussie: de belle satire, des critiques acerbes fussent à tout vent. Nul n'est épargné, du moins les politiques de tout bord. 

Les rideaux sont définitivement tombés sur les législatives partielles du 21 février 2026, marquées par la défaite des deux candidats du RHDP. Mais l'actualité a retenu celle de Dr Raymonde Goudou Coffie, candidate du RHDP dans la circonscription de Toumodi commune. Notre chroniqueur, devenu un politologue avisé, affirme avoir anticipé ce résultat et, plus largement, celle de bien des candidats lors des législatives du 27 décembre 2025. Pour Gbi de Fer, la cause de ces revers électoraux ne réside pas dans le manque de conviction ou de programme politique, mais dans ce qu’il qualifie de « gentillesse insuffisante » de ces personnalités. Autrement dit, les élus n’auraient pas assez distribué de l’argent à leurs électeurs.

L’argument de Gbi de Fer soulève un débat fondamental : la politique est-elle une affaire de philanthropie ou de vision ? Selon sa logique, la générosité financière, le fait de donner de l’argent à tout vent, vaudrait mieux que tout programme politique solide. Il n’hésite pas à encenser ceux qu’il considère comme ayant « la main facile », comme si la mesure d’un homme politique se résumait à sa capacité à gratifier ponctuellement ses concitoyens.

Pourtant, l’histoire récente et les expériences de la démocratie ivoirienne montrent le contraire. On se souvient que le Président Alassane Ouattara, lorsqu’il était dans l’opposition, n’a jamais été vu à un carrefour à distribuer de l’argent aux citoyens pour se faire élire en 2010. De même, le Président Laurent Gbagbo n’a jamais fondé sa campagne sur la philanthropie en 2000. Ce qui fait la force d’un leadership politique durable, ce ne sont pas les dons ponctuels mais les idées, les programmes et la capacité à construire un avenir collectif.

Distribuer de l’argent pour séduire l’électorat n’est rien d’autre qu’une forme d’achat de conscience. En valorisant cette approche, on risque d’encourager la corruption et de réduire le débat politique à une logique consumériste : celui qui donne plus gagne, indépendamment de sa vision pour le pays. La politique ne peut être réduite à un échange financier ponctuel. Elle suppose éducation, valeurs et préparation de l’avenir. La probité, le goût de l’effort, la prise de conscience citoyenne sont des piliers bien plus durables que les billets de banque, mon artiste.

Un véritable homme politique œuvre pour le bonheur du peuple, mais ce bonheur ne se mesure pas à la quantité de miettes distribuées, mais à la qualité des perspectives offertes. Le développement économique, l’accès à l’éducation, la santé, l’emploi et l’infrastructure sont les véritables indices de réussite politique. Les populations ont besoin de programmes réfléchis, de vision à long terme et de gouvernance éthique, et non d’un populisme éphémère fondé sur la générosité financière.

Gbi de Fer, par ses propos, semble confondre philanthropie et politique, popularité et responsabilité, charité et vision. Les élections et la démocratie ne doivent pas se réduire à un concours de générosité financière, mais rester un espace où le mérite, l’engagement et les idées font loi. Encourager le don d’argent comme critère principal de réussite politique revient à détourner les citoyens de la réflexion et à banaliser les valeurs fondamentales qui assurent le progrès d’une nation.

Au final, la leçon est claire : la politique est un engagement envers l’avenir collectif et non une course à la sympathie monétaire. Ceux qui l’oublient prennent le risque de semer la confusion et d’affaiblir la maturité citoyenne. Comme le rappellent les grands leaders ivoiriens, le vrai pouvoir politique consiste à élever le peuple, et non à l’acheter.

Fraternellement,
Thierry Adama