Le nouveau maire de Saint-Denis Pierrefitte en France nous a accordé un entretien exclusif dans lequel il nous parle de ses racines maliennes dans le Méguétan, son programme, le sens de son mandat, sa vision de la coopération décentralisée et particulièrement avec le Mali ou...

Le nouveau maire de Saint-Denis Pierrefitte en France nous a accordé un entretien exclusif dans lequel il nous parle de ses racines maliennes dans le Méguétan, son programme, le sens de son mandat, sa vision de la coopération décentralisée et particulièrement avec le Mali ou existe déjà un jumelage avec Guidimaka qu’il compte renforcer. 

           Quels sont sont vos liens avec le Mali?
           Être aujourd’hui maire de la ville la plus importante de Seine-Saint-Denis, deuxième ville d’Île-de-France avec plus de 150 000 habitants, est une responsabilité immense. C’est aussi un moment historique : je suis le premier maire d’origine subsaharienne depuis la création de la ville. La dernière fois qu’un candidat est devenu maire dès le premier tour remonte à 1944. Mon élection dès le premier tour constitue donc un fait politique inédit, au regard de la taille et de l’histoire de cette ville. Je suis issu d’une famille où la politique, au sens noble du terme, et l’engagement pour le bien commun ont toujours été une priorité. Mon défunt oncle, Yaya Bagayoko, a été gouverneur et ministre au Mali. Cette histoire familiale m’a transmis très tôt le sens des responsabilités, du service public et de l’intérêt général. Mes racines s’inscrivent aussi dans des territoires concrets : ma famille est située à Médina-Coura et à Koulikoro. Mon défunt père est enterré sur la commune du Méguétan, dans le village de Gouni. Ces lieux ne sont pas seulement des repères géographiques, ils sont une part de mon identité, de mon histoire et de mon engagement. Dans ce parcours, j’ai également participé à la co-création de la Coordination des élus français d’origine malienne, avec l’objectif de renforcer les liens entre la France et le Mali, de structurer les initiatives des élus issus de cette histoire commune, et de porter une coopération plus juste, plus équilibrée et plus ancrée dans les réalités des territoires. Mais au-delà des symboles, ce mandat est d’abord un engagement au service des habitantes et des habitants, dans toute leur diversité.

     Maire de la 2eme ville la plus importante d'Ile-de-France après Paris, vous êtes de gauche (LFI) et né de parents immigrés comment tout cela comptera dans la conduite des affaires municipales ?

      Je suis un enfant de la République, mais aussi un héritier d’une histoire plus large, celle des migrations, celle de parents venus du Mali, celle d’une France qui s’est construite aussi à travers son histoire coloniale. Je n’efface rien de cela, je l’assume pleinement.
Être de gauche aujourd’hui, c’est refuser de détourner le regard face aux inégalités structurelles. C’est reconnaître que des territoires comme Saint-Denis et Pierrefitte ont été relégués, et que leurs habitants — souvent issus de l’immigration post-coloniale, afro-descendants, issus des classes populaires — subissent encore des discriminations profondes. Ma manière de gouverner sera guidée par une exigence simple : justice sociale, dignité et égalité réelle. Cela veut dire renforcer les services publics, lutter contre toutes les formes de discrimination, et redonner du pouvoir aux habitants dans les décisions qui les concernent. Mon parcours n’est pas un détail. Il est une boussole. Il me permet de porter une parole ancrée, lucide, et déterminée à transformer concrètement la vie des gens.

         Quelle est l'ossature de votre programme pour Saint-Denis Pierrefitte, des villes marquées par le chômage, l'insécurité…

         Notre programme part d’un constat clair : ces villes ont été trop longtemps abandonnées par des politiques nationales qui ont creusé les inégalités.
Nous voulons reconstruire à partir des besoins réels des habitants :
•L’emploi et la formation : soutenir l’économie locale, développer l’économie sociale et solidaire, accompagner les jeunes vers des emplois stables et dignes.
•La sécurité et la tranquillité : sortir des logiques de stigmatisation, investir dans la prévention, la présence humaine, les services publics et le lien social.
•L’école et la jeunesse : investir massivement dans l’éducation, les activités culturelles et sportives, parce que l’égalité commence dès l’enfance.
•Le logement : lutter contre l’habitat indigne, encadrer les loyers, garantir le droit à un logement digne pour toutes et tous.
•La dignité des quartiers populaires : cesser de traiter ces territoires comme des problèmes, et enfin reconnaître leur richesse, leur énergie, leur potentiel.
Notre ambition est simple : faire de la ville un espace qui protège, qui émancipe, et qui n’abandonne personne.

        Pour ce premier mandat de six ans, y'aura t-il de la place pour la coopération décentralisée, je pense à  des relations éventuelles avec le Mali, pays d'origine de vos parents, quel est d'ailleurs votre lien personnel avec le Mali?

       Oui, la coopération décentralisée aura toute sa place dans ce mandat, et elle s’inscrit déjà dans une réalité concrète. Notre ville est engagée à travers un jumelage avec la région du Sahel au Mali, notamment dans la sous-région de Guidimaka Djiké. Ce partenariat existe, et nous voulons le renforcer en lui donnant plus de profondeur et plus de réciprocité. Mais je veux être clair : il ne s’agit pas de reproduire des schémas hérités du passé, marqués par des rapports déséquilibrés issus de l’histoire coloniale. Nous défendons une coopération d’égal à égal, où les projets se construisent ensemble, dans le respect des souverainetés et des réalités locales. Cela passera par des échanges entre jeunes, entre associations, par des projets éducatifs, culturels et écologiques, mais aussi par des initiatives économiques concrètes, utiles aux populations des deux territoires. Mon lien avec le Mali est à la fois intime et politique. Intime, parce que c’est la terre de mes parents, une part de mon identité, une culture vivante en moi. Politique, parce que je refuse que cette histoire soit invisibilisée ou réduite à une simple origine. Être un élu de la République avec une double culture assumée, c’est aussi porter une vision : celle d’une France capable de regarder son histoire en face, y compris son passé colonial, et d’inventer des relations internationales plus justes. Dans ce cadre, il est impératif de renforcer les liens entre le Mali et la France, dans une logique de coopération réelle, équilibrée et durable, qui serve autant les intérêts des habitants d’ici que ceux de là-bas.
Renforcer ce jumelage avec le Guidimaka Djiké, ce n’est pas regarder en arrière. C’est construire un avenir commun, fondé sur la dignité, la solidarité et le respect mutuel, pour les habitants d’ici comme de là-bas.                                                                                                                 
Propos recueillis par Oussouf DIAGOLA
SOURCE: LES ÉCHOS