Par Thierry Adama Il est des héritages politiques qui dépassent la simple action d’un homme pour devenir une véritable philosophie de gouvernance. En Côte d’Ivoire, l’houphouëtisme appartient à cette catégorie.


Il est des héritages politiques qui dépassent la simple action d’un homme pour devenir une véritable philosophie de gouvernance. En Côte d’Ivoire, l’houphouëtisme appartient à cette catégorie. Plus qu’un courant politique, il constitue une doctrine fondée sur la vision du père fondateur de la Nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, dont l’action a profondément marqué l’histoire politique, économique et sociale du pays.

Né de la pensée et de la pratique gouvernementale du premier Président de la République de Côte d’Ivoire, l’houphouëtisme repose sur des principes cardinaux : la paix comme condition première du développement, l’unité nationale comme ciment de la Nation, la discipline comme règle collective, le travail comme moteur de la prospérité et le dialogue comme méthode de règlement des différends.

La célèbre formule d’Houphouët-Boigny, « La paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement », résume à elle seule une philosophie politique qui a guidé plusieurs décennies de construction nationale. Pour le père fondateur, aucun développement durable ne pouvait être envisagé sans stabilité, sans cohésion sociale et sans rassemblement des forces vives autour d’un idéal commun.

L’houphouëtisme, une doctrine devenue une référence nationale

Au fil des années, l’houphouëtisme s’est imposé comme une matrice idéologique majeure de la vie politique ivoirienne. Il a porté une certaine conception de l’État : un État bâtisseur, ouvert sur le monde, favorable aux investissements, attaché au dialogue et à la recherche permanente du compromis.

La politique d’ouverture économique, la promotion de l’agriculture, la diplomatie de paix et l’ambition de faire de la Côte d’Ivoire un pôle régional ont constitué les grandes lignes de cette vision.

Après une période de turbulences marquée par des crises politiques et institutionnelles, la question de la continuité de cet héritage s’est posée avec acuité.

Alassane Ouattara et la réappropriation de l’héritage houphouëtiste

Depuis son accession au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara a fait de l’héritage houphouëtiste un véritable cadre de référence pour son action politique.          En disciple revendiqué du Père de la Nation, Alassane Ouattara a puisé dans l’houphouëtisme les fondements de sa gouvernance. La paix, la stabilité, le travail, la discipline et l’ouverture économique sont devenus les lignes directrices d’une action politique présentée comme une continuité de l’héritage d’Houphouët-Boigny.

Pour l’unique Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, ces valeurs sont devenues un véritable sacerdoce, une ligne directrice de sa gouvernance. La Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, avec ses infrastructures modernisées, son attractivité économique retrouvée, son positionnement diplomatique renforcé et ses performances économiques reconnues, est souvent présentée comme le fruit de cette politique fondée sur la stabilité et le développement.

La philosophie affichée est claire : créer les conditions permettant au pays de retrouver son statut de locomotive économique régionale et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.

Après Ouattara, quelle boussole idéologique pour le RHDP ?

C'est une question fondamentale qui se pose désormais dans le débat politique : quelle doctrine guidera la gouvernance du RHDP après l’ère Ouattara ?

L’histoire politique enseigne qu’une grande œuvre ne survit pas uniquement par la transmission d’un pouvoir, mais par la pérennisation d’une pensée, d’une méthode et d’une vision.

L’houphouëtisme a survécu à son fondateur parce qu’il s’est construit autour de valeurs identifiées et d’une philosophie politique cohérente. À son tour, l’ère Ouattara pourrait-elle donner naissance à une nouvelle doctrine politique qui prolongerait son bilan et ses orientations ?

C’est ici que surgit la réflexion autour de « l’alassanisme ».

Non pas comme une simple personnalisation du pouvoir, mais comme une tentative de conceptualiser une méthode de gouvernance : celle d’un État réformateur, bâtisseur d’infrastructures, promoteur de l’investissement, défenseur de la stabilité macroéconomique et acteur majeur de l’intégration régionale.

Penser l’alassanisme : une nécessité historique ?

Toute grande période politique finit par chercher son nom, ses références et sa doctrine. L’houphouëtisme a donné une identité idéologique à la gouvernance sous l’ère Ouattara. La question est désormais de savoir si l’expérience politique des quinze dernières années peut constituer les fondements d’une nouvelle pensée.

L’enjeu n’est pas seulement de célébrer un bilan. Il s’agit de réfléchir à la transmission d’une vision, à la construction d’un corpus d’idées capable d’accompagner les générations futures. Car une Nation ne se construit pas uniquement avec des infrastructures ; elle se construit aussi avec des idées, des valeurs et une philosophie de gouvernance.

L’après-Ouattara posera donc inévitablement cette interrogation : la Côte d’Ivoire du XXIᵉ siècle restera-t-elle simplement héritière de l’houphouëtisme ou verra-t-elle émerger une nouvelle doctrine inspirée de l’expérience Ouattara ?

La réflexion mérite d’être ouverte. Nous y reviendrons

Par Thierry Adama